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Un catho à contre-courant

Fermeture (temporaire)

Deux ans et un jour après la création de ce blog, il est temps pour moi de prendre du recul. Depuis l’été dernier, j’ai été amené à évoluer. Ces dernières semaines, différents évènements ont confirmé ces changements. Si je ne suis pas à l’origine de l’ensemble des ces modifications,  je dois en tenir compte. Ces faits, isolés, ne sont pas insurmontables. Cumulés, ils nécessitent de ma part une réaction.  Je vais en sorte d’y faire face.

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Cinq bonnes raisons de se réjouir du changement de présidence à la tête de Radio France.

« Cette maison a grand besoin de changement ». De l’aveu même d’un cadre de Radio France, le départ de Jean-Luc Hees de Radio France était devenu nécessaire. Son remplacement annoncé il y a quelques heures, par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, par Mathieu Gallet est une excellente nouvelle.

La mise en cause de l’actuelle direction de Radio France peut paraître sévère. Au regard de son action passée, cette conclusion semble évidente. Cependant, il convient de l’étayer précisément en confrontant les paroles aux actes (*).

Au préalable, revenons sur l’audition de Jean-Luc Hees qui présentait son projet pour le service public de la radio, le 7 avril 2009, devant le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (**).

« Ma légitimité, ce sont les contenus des antennes », a-t-il déclaré. Quant à ces contenus, ils sont « ce que veut un honnête homme », à savoir des contenus touchant « l’information, la culture, la religion, la science, le football, etc. » (…). Selon lui, le président-directeur général de Radio France doit être « un diapason pour les gens, « une référence morale », notamment en termes de responsabilité.

 Confrontons-la à la réalité

1. Un mensonge premier

Pensons au mensonge de Jean-Luc Hees lorsqu’il promit, devant le CSA, de ne pas embaucher Philippe Val pour diriger France Inter. La réalité fut toute autre.

2. Philippe Val: l’erreur de casting

A peine arrivé, Philippe Val licencia Stéphane Guillon et Didier Porte au profit de Raphaël Mezrahi et de Gérald Dahan qui restèrent à peine deux mois à l’antenne avant d’être évincés. Un premier échec.                                                                                           Au lieu de miser sur des programmes de qualité, Philippe Val a préféré axer ses émissions sur la superficialité en embauchant des personnalités médiatiques: Alessandra Sublet et Frédéric Lopez. Si les programmes télévisés de Frédéric Lopez sont intéressants et si Alessandra Sublet a un talent certain pour l’animation, force est de constater que copier RTL par sa volonté de prendre des têtes d’affiche n’est pas une bonne solution. Un deuxième échec.                                                           Enfin, les audiences sont mauvaises. En novembre-décembre 2008, France Inter avait une audience cumulée de 10.6% contre 10,3 aujourd’hui. Un ultime échec.

 3. L’information: un « entre-soi fatal »

« Nous sommes un peu trop entre nous et pas assez avec les Français« , estime Jean-Luc Hees, le président de Radio France, lui-même ancien patron de la station. « Il faut davantage s’ouvrir à ceux qui ne pensent pas comme nous, poser des questions qui méritent de l’être même si cela peut nous déplaire », insiste-t-il. La station n’aurait, par exemple, pas traité avec suffisamment d’esprit critique la question de la filiation lors des débats sur le mariage pour tous. Sans pour autant verser dans les émissions interactives basées sur les témoignages d’auditeurs qui font le succès de RMC, France Inter gagnerait à ouvrir son micro à de nouveaux interlocuteurs afin de mieux saisir »l’humeur du pays », considère Jean-Luc Hees, qui n’a pas encore fait savoir s’il briguerait un nouveau bail au terme de son mandat, qui s’achève mi-2014.

Cette confession permet de démontrer que Jean-Luc Hees avait tort de considérer Radio France comme étant une référence morale.

Allant dans ce sens, la décision du directeur de France Culture, Olivier Poivre d’Arvor, montre le mépris affiché à l’encontre des instances religieuses. En effet, il a été décidé unilatéralement de modifier les heures des émissions religieuses sur France Culture.Décision critiquée par les Eglises Chrétiennes. Il faut néanmoins concéder la belle progression de cette radio en l’espace de quelques années. Son audience a ainsi augmenté de près de 50 pour cent en quatre ans.

4. Le Mouv’: l’hécatombe

On ne peut pas reprocher à Jean-Luc Hees d’avoir délaissé le Mouv’. Durant son mandat, il y eut trois directeurs successifs à la tête de cette radio, le déplacement de son siège social de Toulouse à Paris ainsi que deux changements éditoriaux. A pure perte. Crédité d’un pour cent d’audience en janvier 2009, Le Mouv’ a divisé son audience par deux malgré un nombre d’émetteurs en augmentation.

5. France Bleu et le numérique, un succès réel

Néanmoins, le tableau n’est pas totalement noir. Deux succès sont à créditer à Jean-Luc Hees: avoir su relancer France Bleu et avoir ancré Radio France dans la modernité numérique. Pour France Bleu, ce mérite revient à Anne Brucy qui a fédéré les stations locales en leur donnant une identité commune tout en leur laissant une marge de manoeuvre certaine. Anne Brucy a néanmoins été limogée par Jean-Luc Hees. Autre réussite, la modification de la présence du service public radiophonique sur internet à travers la mise en place de sites internet plus pratiques et le développement accru du son (les podcasts) et de l’image (l’installation de caméras).

6. Mathieu Gallet, l’arrivée opportune d’un technocrate

Au regard de cette situation, l’arrivée annoncée et confirmée de Mathieu Gallet est une excellente nouvelle. Sa jeunesse aurait pu être une entrave. Elle est un atout. Il  sait que les médias ne peuvent plus simplement informer sans tenir compte des autres flux d’information. Fort de son expérience au sein du ministère de la Culture et auprès de l’INA, Mathieu Gallet a une double ambition (***). Celle de la cohérence et de la prise de risque. Ne plus faire de « mini France Inter » mais offrir une identité propre à chaque chaine. Renforcer l’information européenne et internationale sur France Inter et le sport et l’investigation sur France Info. France Bleu a réussi sa mutation en assumant son positionnement, celui de la proximité. Proposer aux auditeurs un service clair et de qualité est indispensable. Il est permis de croire qu’il est nécessaire de dépasser le simple cadre des bonnes intentions telles que celles qui prévalaient chez Jean-Luc Hees. La réalité des enjeux semble être au coeur du projet du nouveau président de Radio France. Espérons que le succès l’accompagne.

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(*) Il s’agit de comparer des audiences enregistrées sur une même période à savoir entre novembre-décembre 2009 à novembre-décembre 2013. Pour avoir un bilan plus précis, il faudra attendre juin prochain. En effet, il sera alors possible de comparer les audiences de mars-avril 2010 et mars-avril 2014 (soit avant et après le mandat de Jean-Luc Hees).

(**) (Article rédigé par Jean-Gabriel Bontincky et publié dans La Correspondance de la Presse le 9 avril 2009)

(***)Synthese Projet stratégique M Gallet

Pourquoi Anne-Marie Escoffier peut-être l’atout maître de Jean-Marc Ayrault ?

th-1« Dans notre Etat, beaucoup de pouvoirs sont de pure forme. Les titres les plus longs dissimulent des postes inoccupés, des compétences sans attribution ». Cette citation qui est extraite de Jours de pouvoir de Bruno Le Maire pourrait parfaitement convenir à Anne-Marie Escoffier. Ministre déléguée auprès de la ministre de la Réforme de l’État, de la Décentralisation et de la Fonction publique, chargée de la Décentralisation. Ce haut fonctionnaire demeure, malgré sa nomination à ce poste en 2012, quasi inconnue.  Pourtant, François Hollande et Jean-Marc Ayrault pourraient en faire un ministériat essentiel. Depuis trente ans, la France a la tentation de mettre fin au jacobinisme qui caractérise notre pays. Portée en son temps par Jean-Pierre Raffarin et Jean-Paul Delevoye, la loi constitutionnelle du 28 mars 2003 a conféré aux régions de nouvelles compétences et consacré l’autonomie des collectivités territoriales. Il s’agit notamment de la gestion des personnels non enseignants des lycées, de la totalité de la formation professionnelle et de l’organisation des transports ferroviaires régionaux. Cette loi a également posé le principe de l’autonomie financière des collectivités territoriales tout en instaurant le référendum décisionnel local ainsi qu’un droit de pétition.  François Hollande a annoncé, courageusement, qu’il voulait « mettre un terme aux enchevêtrements et doublons ». Il n’écarte pas la fusion des régions.

Pourquoi ne pas alors s’inspirer d’Alexis de Tocqueville qui, dans La démocratie en Amérique, souhaitait cette décentralisation ? Est ainsi affirmé:

Les avantages politiques que les Américains retirent du système de la décentralisation me le feraient encore préférer au système contraire.

Pourquoi ne pas profiter du fait que la gauche est naturellement proche des syndicats afin de faire cette réforme, en douceur ? En réduisant le nombre de communes et en supprimant les départements. Et donner enfin à ce ministère la place qu’il mérite. Majeure.

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Se reconnaître libéral, serait-ce un gros mot ?

« Pour commencer, il y a souvent erreur sur la définition du libéralisme qui n’est ni une idéologie ni une doctrine économique, mais plus simplement une philosophie basée sur un double principe fondamental : le droit prime l’État, et l’individu l’emporte sur la collectivité, ce qui est le cas, par exemple, aux États-Unis, en Grande-Bretagne ou en Suisse. Or, en France, c’est tout le contraire : l’État est supérieur au droit, et le collectif l’emporte sur le citoyen avec comme conséquence que le social passe avant l’économie. L’État peut même y changer le droit selon les nécessités ou les majorités du jour, ou selon les circonstances historiques. Les Américains ont la même Constitution depuis l’origine, tandis que la France, pendant la même période, a vu passer deux empires, deux ou trois monarchies, cinq constitutions républicaines, sans compter quelques régimes hybrides, comme le Consulat ou Vichy. »

La suite est à lire ici

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Le commerce équitable est-il équitable ?

« Bien entendu qu’il est équitable ! Telle sera la conclusion de ce billet. On ne voudrait pas heurter gratuitement ceux qui militent généreusement pour cette nouvelle forme de responsabilité dans le commerce international. Simplement, la conclusion ne va pas de soi. A certaines conditions, le commerce équitable œuvre dans le sens d’un optimum collectif des producteurs et des consommateurs. A d’autres non »

La suite est ici

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Pourquoi suis-je (désormais) très heureux d’aller à la messe chaque dimanche ?

HostieAvec l’Eglise, j’ai toujours eu un rapport particulier. Né prématuré à six mois, j’ai été baptisé par un prêtre quelques heures après ma naissance et élevé dans un milieu pratiquant, j’ai toujours eu l’habitude d’aller à la messe chaque dimanche. Comme Pascal-Emmanuel Gobry, je conçois toutes les réserves que l’on peut faire sur cette pratique. Pendant plusieurs années, je n’avais pas d’entrain à me rendre à la messe. Je n’y étais pas heureux. Je suivais mes parents. Certes, j’avais été au catéchisme et j’ai pu bénéficier du formidable catéchisme familial dont je recommande l’enseignement mais j’étais exaspéré. Exaspéré par ces rites répétitifs, par cet acte de contrition (Je confesse à Dieu tout-puissant). Exaspéré par cette prière de supplication (Kyrie) et par ce chant de louange (Gloire à Dieu). Exaspéré surtout par la Profession de foi (notamment le symbole de Nicée-Constantinople que je trouvais long) et par la prière universelle dont l’intérêt me semblait limité et la portée dérisoire. En réalité, je n’avais qu’une vision étriquée de l’Eglise qui était limitée à une simple image que je considérais comme un apparat vieillissant. J’ai évolué. Les JMJ m’y ont aidé. Benoit XVI, également. Madrid a été un choc. Je n’étais pas le seul à prier. Nous étions nombreux. Très nombreux. Plusieurs millions. Cette situation, j’en avais évidemment conscience mais la constater a été d’une importance considérable. Toutes proportions gardées, je suis comme Saint Thomas: J’ai besoin de voir pour croire. J’ai vu. J’ai cru. Aujourd’hui, je me rends à la messe. Seul. Et je repense à cette histoire. A mon histoire. La messe est une cérémonie essentielle. Pour entrer la prière, il faut du temps. et ces rites sont indispensables pour vivre avec force les Lectures et l‘Eucharistie. De de ces Journées Mondiales de la Jeunesse, j’en tire deux leçons. Que rien, non rien, n’est impossible. Il suffit d’être patient. Et de chercher. Aussi.

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