Réponse à Gaspard Hohenfels

par Kephas

cropped-montagne-sainte-victoire-cc3a9zanne1-1Cher Gaspard,

Dans un billet publié il y a quelques heures sur ton blog, tu as indiqué les raisons qui t’ont poussées à ne pas aller à la Manif’ pour Tous. Je souhaitais te répondre.

A ceux qui peuvent se demander quels sont les liens qui nous unissent, ils doivent savoir qu’il y en a plusieurs. Nous partageons des convictions communes: Nous sommes catholiques et libéraux. En lisant tes tweets et tes articles, je suis heureux de voir que les décisions que je tente parfois maladroitement de défendre sont partagées par d’autres que moi. Je dois reconnaitre qu’assumer son catholicisme et sa croyance au libéralisme n’est pas une tâche facile. Si je n’ai eu l’occasion de te croiser qu’à une unique reprise, tu dois savoir que j’ai pour toi beaucoup d’estime et beaucoup d’amitié. Tu as eu le courage d’affirmer ton homosexualité et même si j’aime les femmes (LA femme), j’imagine les difficultés auxquelles tu as fait face.

Aux questions que tu t’es posées, je ne veux pas te convaincre que tu as tort. Je veux simplement t’apporter un éclairage différent. Je me trompe peut-être. On en reparlera bientôt. Je l’espère, en tout cas.

(Je ne réponds pas à l’intégralité de ton article mais uniquement à certaines parties).

Rapidement…

Ce dimanche, je n’étais pas dans la rue parce que je ne me reconnais pas dans le grand mouvement familialiste qu’est devenue la Manif pour tous. Il me semble qu’une réflexion sur le rôle social et moral de la famille doit être conduite, en particulier à droite, que cela n’a pas été fait, et que LMPT s’appuie avant tout sur des conceptions dont les évolutions sociales récentes ont réduit ou du moins relativisé la pertinence.

Je t’approuve totalement. Bien que divisée au sein même de ces multiples courants, la droite défend une société moins étatiste que la gauche. Pour autant, elle reste très réservée sur les questions de moeurs. Je pense à Jean-François Copé qui a déclaré soutenir le mariage homosexuel alors qu’il avait défilé contre ce projet qui est désormais une réalité. L’UMP n’a pas non plus fait la promesse d’abroger cette loi lorsqu’elle aura la capacité de diriger notre pays.

Pour garder un cœur optimiste, je me dis que ce qui manque aujourd’hui sera réalisé plus tard, que la politique familiale cessera d’être une vache sacrée et que l’on pourra, peut-être, y apporter des améliorations en emportant une vaste adhésion dans le pays.

Tu es assez elliptique. Je ne vois pas où tu veux en venir.

En somme, je suis assez blasé, pas franchement sûr de la marche à suivre, et surtout convaincu que les problèmes du moment ne concernent pas la famille ou les études de genre mais l’état déplorable de notre économie et du tissu social… Monseigneur Barbarin me rangerait sans doute dans la catégorie des à-quoi-bonistes, et je ne le contredirais probablement pas.

Je suis, une fois encore, d’accord, avec toi. Redresser notre pays passe avant tout par mettre en oeuvre des réformes économiques et non pas par l’introduction de lois sociétales. Il serait bien plus intéressant de se mobiliser afin de défendre des idées pour modifier en profondeur notre système d’éducation et de retraite que de descendre dans la rue contre une loi qui peut sembler mineure. Pour autant, je l’ai fait. Je n’ai pas été le seul. Loin s’en faut.

Et puis… je les ai vu passer, ces tweets, ces statuts et ces déclarations de militants LMPT un brin fanatiques qui heurtent la sensibilité autant qu’ils défient la raison ; suffisants pour me convaincre de rester, cette fois-ci, à distance.

Là encore, je vais dans ton sens. Le nombre de catholiques ne connaissant pas les études sur le genre ou d’homosexuels est flagrant. Je vais te faire une confidence, Gaspard. J’ai passé plusieurs jours sur GrindR. Ce réseau social est une application sur smartphones et tablettes fondé sur géolocalisation et destiné aux homosexuels. J’ai également été sur le site Yagg qui a été pour moi une source d’information profitable. Certes, je ne suis pas attiré par les personnes de mon sexe mais je voulais absolument connaitre un monde qui m’était jusqu’alors inconnu. Si j’y ai rencontré beaucoup de pervers, j’ai aussi et surtout fait la connaissance de personnes attachantes et intéressantes. Mon opposition à la loi Taubira n’a pas évolué mais je comprends ton désir de reconnaissance. Je concède volontiers que beaucoup de catholiques (et pas seulement eux) considèrent les homosexuels uniquement comme des personnes avides de sexe. Je pense pouvoir affirmer sans avoir tort qu’ils se trompent.

A l’université, j’ai pu étudier le genre durant plusieurs semaines. Certes, je m’oppose totalement à l’enseignement du genre en SVT mais le proposer aux élèves en philosophie (ou en sociologie si l’on crée cette matière au lycée) serait une idée intéressante. Pour autant, il faudrait quelques gardes-fous. N’oublions pas que les cours de Sciences Economiques et Sociales ont trop souvent été le lieu d’une propagande sur la lutte des classes. J’en ai été un témoin privilégié. Je ne nie pas la nécessité d’étudier Bourdieu et Marx. Néanmoins, on ne peut comprendre le communisme que si l’on étudie le libéralisme. Karl Marx avait lu l’ensemble des auteurs de son temps. Sa critique de la société est d’une réplique parfaite au libéralisme et se fonde sur son terrain: l’économie. Pour aller dans le même sens, il ne sert à rien de vouloir affirmer coûte que coûte que l’homme n’est jamais libre et qu’il est entravé par les chaines, celui de l’habitus, qui l’oblige à adopter les mêmes mécanismes que celui de ses parents. L’homme peut aussi penser par lui-même et agir librement. C’est à ces conditions seulement que le genre pourra être enseigné. Voici les raisons de ma présence, cet après-midi, dans les rues de Paris.

Mais je ne me range absolument pas du côté du gouvernement. Au contraire. Parce que je n’aime pas ce gouvernement, ni cette majorité. Même s’ils se fendaient d’une bonne décision ou d’une déclaration sensée, pour changer, je ne les soutiendrais que du bout des lèvres, avec réticence. J’en veux beaucoup aux socialistes au pouvoir pour deux raisons : leur prétention à vouloir guider la façon dont les gens pensent (et à les insulter si besoin) et leur façon de jeter continuellement de l’huile sur le feu pour faire croître les tensions.

Tu n’as pas tort. Ce communiqué du Parti Socialiste en est la preuve.

Un mot, Gaspard, pour finir. Continue ton engagement ! Tu es un type bien.

Amitiés,

Kephas

 

Mise à jour- 03 février 2014- 10h/06 février- 13h

Pour prolonger ce débat, vous pouvez vous référer aux articles de Baroque et Fatigué et de Pascal-Emmanuel Gobry.

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