Tensions inopportunes

par Kephas

Dans toutes les réformes touchant les fondements de notre société, il existe une ambivalence. Ceux qui s’engagent pour défendre et ceux qui, au contraire, s’opposent aux textes législatifs ont une certitude commune. Pouvoir changer les choses. La proposition de loi permettant l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe en est un exemple révélateur. C’est en majorité la droite et les catholiques qui s’y opposent (les deux étant souvent recoupés), ceux qui le soutiennent sont, plus souvent, de gauche. Rares sont ceux qui, au sein de leur famille politique, émettent un avis différent. Franck Riester, Benoist Apparu, à droite, l’ont fait à l’Assemblée Nationale tandis que Jérôme Lambert et Bernadette Laclais, à gauche se sont, quant à eux, opposés à cette proposition de campagne de François Hollande. On a pu le voir, une grande tension apparait peu à peu entre les soutiens de cette loi et les opposants. A l’exemple du Sénat dont les débats, habituellement sereins, change de nature.
Le grand atout pour ceux qui sont engagés et qui appartiennent à l’un ou l’autre de ces camps est de resserrer les liens. Ainsi, j’ai pu m’investir de manière assez forte dans ce débat, en participant aux évènements légaux. Sans regret.
Souvent, j’ai pu y retrouver, à plusieurs reprises, les mêmes personnes partageant comme moi des convictions communes.
Pourtant, si j’ai pu être heureux de voir des hommes et femmes politiques dont je ne partage pas la vision de la société s’engager en soutenant une position qui n’est pas celle représentée par leur parti, j’ai été, de toute évidence, déçu d’observer que certains défendaient ce texte.
Au fond, s’il s’agit d’un sentiment naturel (il est rare de souhaiter qu’un défenseur de l’équipe de football que l’on soutient joue le rôle de l’attaquant), il n’est pas opportun.
A t-on aujourd’hui vraiment besoin de s’opposer aussi durement ? Bien entendu, je défends une idée profondément ancrée et mon engagement aurait été le même sans l’appui moral d’une partie de la classe politique qui représente mes idées, je ne crois pas en revanche, que le moment de présenter ce texte ait été le bon.
J’ai été frappé par l’ardeur des reproches adressés contre ceux qui défendent une position opposée à celle portée habituellement par leurs camp.
Ne soyons pas naïfs, j’ai été moi même déçu par ceux qui se sont engagés en faveur du mariage et l’adoption pour les couples homosexuels alors même qu’ils défendaient la position contraire quelques mois plus tôt.
Néanmoins, penser que détruire des affiches des associations LGBT et camper devant le Sénat peuvent modifier le vote des hommes et femmes politiques est une hérésie. Si tel était le cas, cela montrerait que les représentants ne peuvent avoir des convictions. Cependant, accuser d’homophobie les opposants au mariage pour les couples homosexuels est tout aussi injustifié que d’affirmer que la gauche est immorale au regard des affaires liées à Dominique Strauss Kahn et Jérôme Cahuzac.
Les deux camps semblent se radicaliser. Je comprends totalement qu’en n’ayant eu de cesse d’ignorer les manifestants, en tenant des propos excessifs par le biais du rapporteur de la loi et en tardant à recevoir les représentants de la manifestation pour tous, le gouvernement a provoqué beaucoup de rancoeur. Si être pacifiste et bon enfant ne suffit pas, certains n’hésitent pas à en faire beaucoup trop pour être entendu. Qu’on le veuille ou non, l’agression épouvantable d’un couple homosexuel fait écho à des débordements récents. Si cet acte intolérable ne peut-être que réprouvé et n’a aucune excuse, ce n’est pas une raison pour rejeter la faute sur le mouvement de la manif pour tous.
En réalité, il s’agit, pour les deux parties, de pouvoir être reconnu. Acceptons la présence de réticences d’une partie de la population et ne passons pas en force.

Alors que Jérôme Cahuzac a reconnu avoir un compte à l’étranger que le gouvernement ne trouve pas les solutions pour contenir le chômage, est-ce bien utile d’avoir proposé cette loi dans une période si troublée ? Présenté à un autre moment, ce projet aurait suscité bien moins de crispations inutiles.

Kephas

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