Kephas

Un catho à contre-courant

Mois : avril, 2013

Pourquoi la colère gronde (mariage homosexuel, suite et fin)

De multiples raisons expliquent l’exaspération des opposants au mariage et à l’adoption par les couples homosexuels, les voici exposées.

-Ne pas avoir eu de débat préalable
La seule élection de François Hollande à la présidence de la République n’est pas un blanc-seing qui lui est donné pour la mise en place de la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe. Un débat ouvert à toute la société française aurait été nécessaire. Les motifs avancés consistant au fait qu’il s’agit d’une modification majeure de notre société, que de toute façon, il s’agit d’une fiction juridique en affirmant, de fait, que deux pères et deux mères peuvent avoir un enfant, ce qui est, en réalité, impossible.

-Avoir été ignoré
Il suffit de voir avec quelle facilité les associations homosexuelles ont été reçues par le gouvernement par rapport à la rencontre entre François Hollande et Frigide Barjot pour se rendre compte de l’indifférence que les opposants au projet de loi Taubira ont pu susciter. Au regard, des manifestations provoquées par les chauffeurs de taxis qui, bien que bien moins nombreux, arrivent à faire reculer toute tentative de réforme, un sentiment de malaise s’est installé peu à peu. Les réactions des ministres au soir des premières manifestations nationales minorant le nombre de manifestants n’ont rien arrangées.

-Être sans cesse comparé à des homophobes
Les propos de Jean-Pierre Michel, rapporteur de ce projet de loi au Sénat, comparant la manif pour tous à la pire des homophobies ont été très mal perçues. Réduire l’opposition au mariage et l’adoption par les couples homosexuels à l’homophobie est un raccourci gênant. Il ne s’agit aucunement de comparer la vie personnelle des individus qui ne regardent qu’eux et qui ne doit pas être jugée mais de défendre une institution.

-Craindre l’extension à la PMA et la GPA
Elisabeth Guigou, en défendant le PACS, avait écarté la mise en place du mariage par les couples de même sexe. Les négations du passé se sont avérées dérisoires et alors même que la PMA, non prévue par le programme de François Hollande semble être évoquée dans la loi famille, rien ne peut garantir que le GPA, qui consiste à rendre un être humain « monnayable », ne puisse devenir une réalité.

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De la dangerosité de croire tout acquis

« Moins de superflu, plus d’essentiel » est le slogan de Taillefine qui peut aussi s’appliquer à notre société, par le retour à l’essence et à la source.
Comme beaucoup, j’ai aussi une part d’ombre. Ne pas reconnaitre mes faiblesses; ne pas savoir et ne pas l’avouer.
Quelle claque d’affirmer sa religion, ses convictions et de ne pas être capable de reconnaitre les différentes scènes de l’Evangile lors d’une exposition au Musée du Moyen Âge. En l’espèce, si les oeuvres n’exprimaient pas des scènes claires, il aurait été néanmoins préférable de pouvoir les caractériser. Tel n’a pas été le cas. Faute réelle, cette méconnaissance ou en tout cas cette impossibilité de ne pouvoir mettre le nom exact sur une situation donnée est une incitation à une profonde remise en question. L’écueil de toute connaissance que l’on croit acquise est, se fondant sur des souvenirs, penser que l’on sait. Il est évident que je connais les moments de la vie de Jésus mais le manque de travail, de vivacité de ma part ont entrainé une paresse et, de fait, m’ont perdu. Lire, de nouveau, la Bible et les Evangiles auraient pu, à l’évidence, éviter cette situation gênante.

Dépassant le seul cadre de la religion, j’ai lu, il y a peu, « les discrètes vertus de la corruption » de Gaspard Koenig, la ligne directrice de cette ouvrage m’a troublée. La corruption peut être nécessaire. Quoi de plus critiquée que la corruption ? Pour s’en convaincre, il suffit de lire sur internet, la liste facilement accessible de nombreux élus de gauche comme de droite condamnés pénalement pour cet infraction. Dans une analyse finement détaillée, l’auteur compare la corruption à l’amitié. Ne reconnait-on pas les « vrais » amis quand nous avons besoin d’eux ? Pourquoi faudrait-il considérer l’amitié comme une relation dénuée de tout intérêt ? Pour la corruption, il s’agit d’adopter la même démarche, rendre service.
De plus, si un écrivain ne peut pas écrire de bons livres s’il n’a pas pu connaitre des expériences sortant de l’ordinaire, un homme politique ne peut, s’il ne connait pas les choses, s’en préoccuper utilement.
La corruption dépasse le cadre moral et la volonté de s’y opposer comme en URSS, par le communisme, n’était qu’un voeu pieux. Il faudrait donc assumer la corruption.

L’exemple controversé de la corruption qui serait, in fine utile, montre un paradoxe clair. Abjecte au départ, la corruption trouve une justification à l’arrivée et comme la méconnaissance des fondamentaux, il est, je crois, indispensable de toujours dépasser ce que l’on pense savoir par des travaux approfondis. Donc acte.

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Tensions inopportunes

Dans toutes les réformes touchant les fondements de notre société, il existe une ambivalence. Ceux qui s’engagent pour défendre et ceux qui, au contraire, s’opposent aux textes législatifs ont une certitude commune. Pouvoir changer les choses. La proposition de loi permettant l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe en est un exemple révélateur. C’est en majorité la droite et les catholiques qui s’y opposent (les deux étant souvent recoupés), ceux qui le soutiennent sont, plus souvent, de gauche. Rares sont ceux qui, au sein de leur famille politique, émettent un avis différent. Franck Riester, Benoist Apparu, à droite, l’ont fait à l’Assemblée Nationale tandis que Jérôme Lambert et Bernadette Laclais, à gauche se sont, quant à eux, opposés à cette proposition de campagne de François Hollande. On a pu le voir, une grande tension apparait peu à peu entre les soutiens de cette loi et les opposants. A l’exemple du Sénat dont les débats, habituellement sereins, change de nature.
Le grand atout pour ceux qui sont engagés et qui appartiennent à l’un ou l’autre de ces camps est de resserrer les liens. Ainsi, j’ai pu m’investir de manière assez forte dans ce débat, en participant aux évènements légaux. Sans regret.
Souvent, j’ai pu y retrouver, à plusieurs reprises, les mêmes personnes partageant comme moi des convictions communes.
Pourtant, si j’ai pu être heureux de voir des hommes et femmes politiques dont je ne partage pas la vision de la société s’engager en soutenant une position qui n’est pas celle représentée par leur parti, j’ai été, de toute évidence, déçu d’observer que certains défendaient ce texte.
Au fond, s’il s’agit d’un sentiment naturel (il est rare de souhaiter qu’un défenseur de l’équipe de football que l’on soutient joue le rôle de l’attaquant), il n’est pas opportun.
A t-on aujourd’hui vraiment besoin de s’opposer aussi durement ? Bien entendu, je défends une idée profondément ancrée et mon engagement aurait été le même sans l’appui moral d’une partie de la classe politique qui représente mes idées, je ne crois pas en revanche, que le moment de présenter ce texte ait été le bon.
J’ai été frappé par l’ardeur des reproches adressés contre ceux qui défendent une position opposée à celle portée habituellement par leurs camp.
Ne soyons pas naïfs, j’ai été moi même déçu par ceux qui se sont engagés en faveur du mariage et l’adoption pour les couples homosexuels alors même qu’ils défendaient la position contraire quelques mois plus tôt.
Néanmoins, penser que détruire des affiches des associations LGBT et camper devant le Sénat peuvent modifier le vote des hommes et femmes politiques est une hérésie. Si tel était le cas, cela montrerait que les représentants ne peuvent avoir des convictions. Cependant, accuser d’homophobie les opposants au mariage pour les couples homosexuels est tout aussi injustifié que d’affirmer que la gauche est immorale au regard des affaires liées à Dominique Strauss Kahn et Jérôme Cahuzac.
Les deux camps semblent se radicaliser. Je comprends totalement qu’en n’ayant eu de cesse d’ignorer les manifestants, en tenant des propos excessifs par le biais du rapporteur de la loi et en tardant à recevoir les représentants de la manifestation pour tous, le gouvernement a provoqué beaucoup de rancoeur. Si être pacifiste et bon enfant ne suffit pas, certains n’hésitent pas à en faire beaucoup trop pour être entendu. Qu’on le veuille ou non, l’agression épouvantable d’un couple homosexuel fait écho à des débordements récents. Si cet acte intolérable ne peut-être que réprouvé et n’a aucune excuse, ce n’est pas une raison pour rejeter la faute sur le mouvement de la manif pour tous.
En réalité, il s’agit, pour les deux parties, de pouvoir être reconnu. Acceptons la présence de réticences d’une partie de la population et ne passons pas en force.

Alors que Jérôme Cahuzac a reconnu avoir un compte à l’étranger que le gouvernement ne trouve pas les solutions pour contenir le chômage, est-ce bien utile d’avoir proposé cette loi dans une période si troublée ? Présenté à un autre moment, ce projet aurait suscité bien moins de crispations inutiles.

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