Pourquoi le modèle payant est l’une des clefs de la survie de la presse écrite

par Kephas

France Soir, La Tribune, Newsweek et Público, Ces journaux français ou étrangers ont dû fermer ou abandonner leur version quotidienne pour un rythme moins régulier et/ou un modèle numérique, voilà quelques mois et ne sont que le reflet de l’état de la presse écrite payante. Dévastée. En France, nos journaux nationaux survivent grâce aux subventions accordées par l’Etat, aux ventes effectués  par tiers (en particulier Air France) et aux actionnaires qui n’hésitent pas à investir (quand ils le peuvent). Pourtant, annoncer la fin de la presse écrite et croire qu’internet est l’unique solution miracle est pour le moins risqué. La presse écrite n’est pas morte mais elle a un coût.

Un euro quarante, c’est le prix moyen d’un quotidien de la presse nationale en France. On pourrait logiquement croire que plus le prix d’un journal est faible, plus le nombre d’acheteurs s’accroit. C’est une erreur. France Soir et le 10 Sport qui proposaient à moins d’un euro une information quotidienne ont été un échec tandis que Le Monde, Le Figaro, dont le prix est bien plus élevé fonctionnent bien mieux. Leur longévité n’en est pas l’unique explication, les informations de «niche» et les analyses qui s’y rapportent s’ajoutent au fait que Le Monde est un journal dont les lecteurs appartient à une catégorie professionnelle favorisée qui peut plus facilement disposer de temps et de revenu disponible pour lire la presse et que Le Figaro est lu par une population de droite, conservatrice dont les informations véhiculées par ce journal ne se trouvent pas dans d’autres quotidiens.

 Pourquoi acheter un journal à moins d’un euro si les informations qui y sont contenues se retrouvent dans des journaux gratuits dont l’expansion ne fait que croire au fil des années dans les moyennes et grandes villes?

Si un journal est bon, les lecteurs en mettront le prix en vertu du principe de la capture du surplus du consommateur. Prenons un exemple anglo-saxon. Alors que  Time propose un abonnement annuel à trente dollars (pour les américains), The Economist a une offre qui coûte cinq fois plus cher. Time privilégie des articles courts, des images, (en réalité plus le fond que la forme). The Economist est bien plus fourni par des enquêtes bien plus longues permettant de connaître par des dossiers spéciaux  l’état d’un pays. Si ce journal est moins vendu que Time, il y gagne pourtant !

La presse en ligne aussi n’échappe pas à cette règle de spécificité et de payant. Le Post, Owni ont ainsi dû cesser leurs activités. Le premier reposant en grande partie sur les contributions des lecteurs qui donnaient leur opinion, le second sur des l’exploitation de données brutes. Rue89, gratuit lui aussi, précurseur des pure-players (c’est à dire des sites d’information exclusivement sur internet) a été racheté il y a un an par le Nouvel Obs et a abandonné une version papier.

Seule la singularité permet aux médias en ligne de résister pour le moment mais aucun d’entre eux totalement gratuit a su trouver, en France, un équilibre budgétaire. Le modèle payant étant le plus adéquat. Médiapart, site d’information payant est une réussite. Nombreuses sont les enquêtes reprises par la presse traditionnelle (L’affaire Jérôme Cahuzac, notamment).

Les Etats-Unis, depuis quelques années, ont fait le choix du paywall, c’est à dire proposer en ligne un nombre restreint d’articles gratuits et de faire payer la lecture d’articles supplémentaires, avec succès. A l’heure où les articles de certains journaux dont Le Monde sont visibles gratuitement sur internet plusieurs jours après publication, des évolutions sont nécessaires pour que la pérennité des entreprises de presse puisse être assurée.

Mise à jour- 21 janvier 2013

Pascal-Emmanuel Gobry consacre une note très détaillée quant au modèle économique de la presse en ligne.

Kephas

Publicités