Des français de l’étranger

par Kephas

Nicolas Sarkozy l’avait évoqué lors de sa campagne lors l’élection présidentielle. François Hollande et Jean-Marc Ayrault semblent vouloir le réaliser. Il s’agit de taxer les français partis à l’étranger en punissant certains d’entre eux par la déchéance de la nationalité. Non seulement une méconnaissance historique, c’est surtout une mesure de défiance portée à l’encontre des français de l’étranger. Une méconnaissance historique car certains se fondent sur l’exemple américain, pays qui s’est construit sur l’impôt pour justifier de cette décision d’imposer un impôt (tout citoyen américain doit payer un impôt à l’endroit où il se trouve), notre pays a une approche toute autre. Il s’agit, en outre, d’un profond mépris envers les français de l’étranger.

Fils d’expatriés, j’ai été dans neuf établissements scolaires (privés laïques, catholiques ou publics), en France, à l’étranger. En effet, de ces sept années et demie passées loin de mon pays, j’en ai tiré plusieurs leçons. Si l’argent peut-être un motif à l’expatriation, il n’est pas le seul. Plusieurs avantages, loin d’être négligeables, existent. Avoir une évolution de carrière, apprendre une nouvelle langue, découvrir une culture méconnue et vivre, en règle générale, de manière plus confortable. S’installer hors de notre pays oblige à nous adapter rapidement. Etre confronté avec des gens ayant des réfèrences tant religieuses que culturelles si différentes nous incitent à nous ouvrir même s’il est plus confortable et compréhensible de vivre auprès de  sa communauté en préférant lire Paris Match et regarder TV5Monde (excellente chaîne de télévision au demeurant) que de tenter de vivre auprès des habitants.

Pourtant, quitter notre pays natal pour l’étranger n’est pas un choix naturel. Nous abandonnons nos amis, notre famille et travail. A titre personnel, deux de mes trois soeurs sont restées en France pour effectuer leurs études supérieures. A six ans, cela n’était pour moi pas forcément très agréable de faire face, si jeune, à cet éloignement.

Nos attaches avec notre pays d’origine sont toujours présentes et il est malheureusement très rare de voir des personnes restées dans notre pays d’origine prendre de nos nouvelles par courrier électronique ou par téléphone, ils sont encore moins nombreux à venir nous venir malgré des vols directs dont le prix est dans certains cas très bas depuis l’arrivée de vols à bas-coût.

De manière plus générale. Emettre tout critique lorsque l’on vit à l’étranger semble incompréhensible.

Ainsi, parler la langue de la région dans laquelle on vit ne dispense pas de la difficulté à être confronté à la médecine locale (on ne peut pas connaître facilement la valeur d’un diplôme d’un médecin étranger, ainsi les praticiens français, bien que peu nombreux, sont privilégiés. Souvent, pourtant, la qualité et le suivi des soins ne sont ainsi pas au rendez-vous)

Pour beaucoup, vivre à l’étranger, c’est obtenir sans difficulté un salaire élevé.

Cela est loin d’être une vérité absolue. En ce sens où il y a souvent beaucoup de contrats locaux pour les conjoints des hommes et des femmes mûtés à l’étranger avec des salaires plus faibles que ceux rencontrés en France, il existe, de plus, des dépenses que nous n’avons pas dans notre pays. La scolarité est ainsi payante, de l’ordre de plusieurs milliers d’euros. Le choix des établissements scolaires est limité pour des raisons évidentes de demandes d’inscriptions. Si l’on préfère le système local, le retour en France n’est pas chose aisée.

Les écoles françaises à l’étranger bien qu’ayant souvent un bon niveau ont tendance à surnoter les élèves. Le défaut d’information quant aux choix professionnels futurs possibles est indéniable, on ne peut se renseigner sur place convenablement.

D’autres inconvénients existent. Vivant dans un pays relativement pauvre, ma soeur doit, entre autres, faire son pain avec une farine achetée en France et ses yaourts avec des machines adaptées. Se déplacer librement est impossible sous peine d’être agressé. Avec son mari et leurs enfants, ils n’ont de cesse de penser à l’appartement acheté et qui doivent rembourser. Une chance que tout le monde n’a indéniablement pas mais à quel prix !

Bien entendu, ces expériences ont été inoubliables. Je ne les regrette pas. Certes, il y a eu des larmes en quittant des gens que l’on ne reverra jamais et avec qui nous avons été amis. Certes, il y a eu des incompréhensions avec les personnes retrouvées qui ne pouvaient pas comprendre ce que j’ai pu vivre, des moments d’émotions intenses de tristesse mais cela est peu face à la richesse, à la bienveillance, et à l’attention des personnes rencontrées au delà de toute culture commune. Si la question de l’expatriation m’était posée, je ne refuserai pas un seul instant. Pour mieux revenir.

Kephas

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