Kephas

Un catho à contre-courant

Mois : décembre, 2012

Pour une société de la reconnaissance

La société de la reconnaissanceSi Hervé Morin avait maintenu sa candidature et obtenu les cinq-cent signatures afin de pouvoir se présenter à l’élection présidentielle, j’aurai voté pour lui. Son idée de campagne principale était «la société de la reconnaissance», aujourd’hui plus qu’hier, c’est ce dont nous avons besoin. Il s’agit de reconnaître tout individu dans ce qu’il fait. Certainement utopique, cette démarche n’en reste pas moins essentielle. Considérer les entrepreneurs, les chefs d’entreprise les médecins, pharmaciens comme de bons français pour leur seul qualité à payer des impôts et les brider de toute initiative personnelle est une idée détestable De même, les fonctionnaires sont également constamment critiqués. Les enseignants, en particulier, les hauts-fonctionnaires, ensuite, les fonctionnaires de catégorie C, enfin. Les catholiques, musulmans, juifs, femmes, immigrés font l’objet d’anathèmes réguliers car ils constituent une minorité et donc un exutoire facile. Les métiers manuels sont constamment considérés comme secondaires. Il ne s’agit pas là par cette idée de prôner une société où les communautés doivent prendre le dessus sur notre modèle républicain. Il ne s’agit pas non plus de cesser toute critique et tout réforme de certaines catégories professionnelles. Il s’agit simplement d’arrêter la recherche de bouc-émissaire sous prétexte qu’il serait l’explication de nos problèmes. Cela ne veut pas dire qu’il faille faire preuve d’angélisme, de refuser d’affronter la réalité telle qu’elle est, d’accuser la société en cas d’échec en rejetant toute responsabilité personnelle et d’affirmer que tout les modèles se valent. Il est simplement nécessaire de redresser notre pays, même par la prise de mesures impopulaires, sans pour autant, donner le sentiment d’exacerber les passions. Préférer le rassemblement à la division est bien plus facile à dire qu’à faire mais est au combien essentiel.

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De mon opposition au mariage et à l’adoption par les couples homosexuels.

J’ai hésité. Pendant plusieurs mois, plusieurs semaines, j’ai hésité à évoquer ici même l’ouverture du mariage et de l’adoption pour les couples de même sexe. Il n’y a rien de plus brûlant que de se prononcer sur une question de société. En se brûlant, on se fait nécessairement mal car des blessures apparaissent et celles ci auraient pu ne pas exister et n’avaient pas à vocation à provoquer une irrémédiable souffrance. On attise le débat comme une flamme qui à force d’être vive devient incontrôlable. La flamme devient feu. C’est ce que je voulais éviter.

De plus, catholique et de droite, ma position étant ainsi a priori connue et un article n’était pas forcément nécessaire.  Pourtant ce billet, j’y ai pensé une fois, dix fois. Oui, j’avais des craintes. Celles de me justifier, dire que je ne suis pas homophobe, que je ne réduis par un être à sa sexualité aux actes qu’il commet et dont je n’ai pas à juger. Dire aussi que des connaissances qui le sont, (pas des amis, j’en ai bien peu et s’ils étaient, rien ne changerait, je garderai pour eux toute mon amitié, toute mon estime, j’espère qu’eux-même également à mon endroit). Penser aussi au nombre insupportable des jeunes homosexuels qui se suicident et avoir en tête l’argument entendu plusieurs fois selon lequel ceux qui refusent «l’égalité pour tous» auraient été les mêmes à interdire aux femmes de pouvoir voter aux élections.

Et puis s’auto-justifier n’est, en réalité, qu’une excuse infondée pour ne pas affronter le débat.

Finalement, un évènement m’a poussé à rédiger cet article.

Une connaissance m’a annoncée, hier, qu’elle était homosexuelle. Je pense donc, naïvement peut-être, que si la personne me faisait part de cette information, alors qu’autour d’elle, peu était au courant, c’est qu’au fond, elle ne se préoccupait en aucune manière des interrogations précedemment exposées.

Au fond, au lieu de se détourner d’un incendie, il faut mieux l’affronter.

Certes, je ne prétends être ni pompier, ni extincteur, je n’en ai, en aucune manière , la prétention, mais je souhaite juste donner mon opinion.

Vouloir un enfant lorsque l’on s’aime est tout à fait naturel. C’est pour cela qu’en France, mariage et procréation sont liés. Pour preuve, le mari d’une femme mariée est présumé être le père de l’enfant. Certains contreviennent à ce principe, les couples stériles qui adoptent. L’enfant adopté n’est pas l’enfant biologique du couple adoptant mais il s’agit bien d’une reproduction sociologique, d’un homme et d’une femme ayant conçu un enfant et qui n’ayant pu les garder ont dû s’en séparer et le confier à un autre couple. Après la seconde guerre mondiale, le nombre d’orphelins était tel que les célibataires ont pu s’adapter. C’est une brêche au principe énoncé plus haut. Qui empêche un couple d’hommes ou de femmes d’adopter si le lien mariage et adoption n’existe plus, ou du moins partiellement ? A cela, peut-on se demander si une exception doit devenir une norme ? La réponse est négative. Il ne s’agit pas de faire, deux poids, deux mesures. Deux hommes ou deux femmes ne peuvent pas avoir d’enfant, un homme ou une femme seul(e) non plus et ces modèles ne sont pas les meilleurs. Autour de moi, des amis vivent dans une famille monoparentale, l’un des deux parents est mort ou les parents ont divorcé. Ces proches m’ont toujours parlé d’un manque d’affection et ont souffert de solitude. Il ne s’agit pas par là de dire qu’une famille composée d’un père et d’une mère sera absolument meilleure qu’une femme/ qu’un homme élevant seul(e) ses enfants, la violence conjugale est une explication à cette situation et ne justifie en aucun cas qu’un couple puisse vivre ensemble mais il s’agit de la forme de famille biologique. On objectera à cet argument que deux hommes valent mieux qu’un homme seul et que priver un couple homosexuel d’un enfant, c’est faire preuve de discrimination. Or, non seulement un (ou plusieurs) cas particuliers n’est pas une réalité intangible mais surtout, on ne peut comparer un couple pouvant biologiquement avoir un enfant par l’union d’un homme et d’une femme et deux hommes et deux femmes. La discrimination est le fait de traiter différemment de personnes dans une même situation, or en l’espèce, ce n’est pas le cas. De fait, s’il me semble incohérent de conserver l’adoption par les célibataires, elle le serait d’autant plus pour les couples de même sexe.

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Des français de l’étranger

Nicolas Sarkozy l’avait évoqué lors de sa campagne lors l’élection présidentielle. François Hollande et Jean-Marc Ayrault semblent vouloir le réaliser. Il s’agit de taxer les français partis à l’étranger en punissant certains d’entre eux par la déchéance de la nationalité. Non seulement une méconnaissance historique, c’est surtout une mesure de défiance portée à l’encontre des français de l’étranger. Une méconnaissance historique car certains se fondent sur l’exemple américain, pays qui s’est construit sur l’impôt pour justifier de cette décision d’imposer un impôt (tout citoyen américain doit payer un impôt à l’endroit où il se trouve), notre pays a une approche toute autre. Il s’agit, en outre, d’un profond mépris envers les français de l’étranger.

Fils d’expatriés, j’ai été dans neuf établissements scolaires (privés laïques, catholiques ou publics), en France, à l’étranger. En effet, de ces sept années et demie passées loin de mon pays, j’en ai tiré plusieurs leçons. Si l’argent peut-être un motif à l’expatriation, il n’est pas le seul. Plusieurs avantages, loin d’être négligeables, existent. Avoir une évolution de carrière, apprendre une nouvelle langue, découvrir une culture méconnue et vivre, en règle générale, de manière plus confortable. S’installer hors de notre pays oblige à nous adapter rapidement. Etre confronté avec des gens ayant des réfèrences tant religieuses que culturelles si différentes nous incitent à nous ouvrir même s’il est plus confortable et compréhensible de vivre auprès de  sa communauté en préférant lire Paris Match et regarder TV5Monde (excellente chaîne de télévision au demeurant) que de tenter de vivre auprès des habitants.

Pourtant, quitter notre pays natal pour l’étranger n’est pas un choix naturel. Nous abandonnons nos amis, notre famille et travail. A titre personnel, deux de mes trois soeurs sont restées en France pour effectuer leurs études supérieures. A six ans, cela n’était pour moi pas forcément très agréable de faire face, si jeune, à cet éloignement.

Nos attaches avec notre pays d’origine sont toujours présentes et il est malheureusement très rare de voir des personnes restées dans notre pays d’origine prendre de nos nouvelles par courrier électronique ou par téléphone, ils sont encore moins nombreux à venir nous venir malgré des vols directs dont le prix est dans certains cas très bas depuis l’arrivée de vols à bas-coût.

De manière plus générale. Emettre tout critique lorsque l’on vit à l’étranger semble incompréhensible.

Ainsi, parler la langue de la région dans laquelle on vit ne dispense pas de la difficulté à être confronté à la médecine locale (on ne peut pas connaître facilement la valeur d’un diplôme d’un médecin étranger, ainsi les praticiens français, bien que peu nombreux, sont privilégiés. Souvent, pourtant, la qualité et le suivi des soins ne sont ainsi pas au rendez-vous)

Pour beaucoup, vivre à l’étranger, c’est obtenir sans difficulté un salaire élevé.

Cela est loin d’être une vérité absolue. En ce sens où il y a souvent beaucoup de contrats locaux pour les conjoints des hommes et des femmes mûtés à l’étranger avec des salaires plus faibles que ceux rencontrés en France, il existe, de plus, des dépenses que nous n’avons pas dans notre pays. La scolarité est ainsi payante, de l’ordre de plusieurs milliers d’euros. Le choix des établissements scolaires est limité pour des raisons évidentes de demandes d’inscriptions. Si l’on préfère le système local, le retour en France n’est pas chose aisée.

Les écoles françaises à l’étranger bien qu’ayant souvent un bon niveau ont tendance à surnoter les élèves. Le défaut d’information quant aux choix professionnels futurs possibles est indéniable, on ne peut se renseigner sur place convenablement.

D’autres inconvénients existent. Vivant dans un pays relativement pauvre, ma soeur doit, entre autres, faire son pain avec une farine achetée en France et ses yaourts avec des machines adaptées. Se déplacer librement est impossible sous peine d’être agressé. Avec son mari et leurs enfants, ils n’ont de cesse de penser à l’appartement acheté et qui doivent rembourser. Une chance que tout le monde n’a indéniablement pas mais à quel prix !

Bien entendu, ces expériences ont été inoubliables. Je ne les regrette pas. Certes, il y a eu des larmes en quittant des gens que l’on ne reverra jamais et avec qui nous avons été amis. Certes, il y a eu des incompréhensions avec les personnes retrouvées qui ne pouvaient pas comprendre ce que j’ai pu vivre, des moments d’émotions intenses de tristesse mais cela est peu face à la richesse, à la bienveillance, et à l’attention des personnes rencontrées au delà de toute culture commune. Si la question de l’expatriation m’était posée, je ne refuserai pas un seul instant. Pour mieux revenir.

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