Malaise au Palais de justice

par Kephas

Hier s’est achevé le procès de Jérôme Kerviel et j’éprouve un sentiment de malaise. Ayant assisté à une seule partie de son procès en ce qui concerne la plaidoirie de Maitre David Koubbi, avocat de l’ancien trader, et ne connaissant pas totalement le fond du dossier, je n’ai pas assez d’élements afin de me forger ma propre opinion sur cette affaire. Néanmoins, quant à l’ambiance générale, il me semble nécessaire de formuler quelques remarques.

Depuis plusieurs mois, je me rends régulièrement à des audiences, des comparutions immédiates, des procès en appel, en matière de contrefaçon, de diffamation, de détournements de fonds, de conduite sous l’emprise d’alcool,  j’ai assisté au procès d’Eric Zemmour, à celui des emplois fictifs du RPR à la mairie de Paris, par curiosité, intérêt et aussi car, étudiant en droit, je suis absolument passionné par la confrontation de la théorie, avec la pratique. Ce sentiment de croire, au départ, que tout est calculé, prévu d’avance, et qu’en réalité, ce sont, les avocats, les experts, les témoins et les juges qui aident à mettre la lumière sur une vérité que l’on croyait tout autre.

Le lot quotidien est souvent de croiser des suspects qui tentent de se défendre dans des salles souvent presque vides. Ce jeudi 28 juin 2012 était différent. La Cour d’appel de Paris était pleine, de nombreux journalistes au premier étage et un public venu nombreux. Si les procès pénaux jouent souvent sur le domaine de l’émotion, du spectacle, sur les joutes oratoires des avocats, j’ai été pourtant gené. J’avais l’impression de voir un acteur principal, Jérôme Kerviel, semblant plutôt sympathique mais dont le film était laminé par la critique. La faute serait attribuée à David Koubbi qui est médiatique, il l’a d’ailleurs reconnu et c’est ce qu’on lui reproche souvent. Celui de se défendre plus en dehors des tribunaux qu’en son sein. Les enjeux sont évidemment colossaux, les attentes le sont tout autant. Celle de la crédibilité d’une grande banque, la Société Générale. Jérôme Kerviel est l’homme par qui le scandale est arrivé, il a fait perdre à sa banque près de 4,9 milliards d’euros. A travers la figure du trader, c’est la finance qui est accusée, de manière très virulente et ce qui est excessif est très souvent inutile. Entre un suspect accusé d’être un terroriste par le dirigeant de son ancienne banque et son avocat qui insiste sur la maladie de la mère de son client, on a de la peine pour ce breton, accusé de tous les maux, au delà des sommes perdues et dont il doit, bien entendu, rendre compte et on éprouve de la compassion pour les membres de la Société Générale à qu’il a demandé pardon. On se demande comment réagira la justice vis à vis d’un avocat qui n’aura eu de cesse non pas de démontrer des faits tangibles mais de jouer sur la compassion, trois mois après avoir été choisi. On s’interroge enfin sur le sens de ce procès. Quelques mots échangés avec Jérôme Kerviel sur les marches du Palais de justice me font vraiment penser que ce spectacle n’avait pas lieu d’être. Les applaudissements à la fin de la plaidoirie étaient là pour le démontrer. C’était un procès de toutes les passions. A tort. Une certaine sobriété aurait été la bienvenue. Pour Jérôme Kerviel d’abord, pour la Société Générale ensuite, pour la justice enfin.

Kephas

Publicités