Kephas

Un catho à contre-courant

Mois : juin, 2012

Malaise au Palais de justice

Hier s’est achevé le procès de Jérôme Kerviel et j’éprouve un sentiment de malaise. Ayant assisté à une seule partie de son procès en ce qui concerne la plaidoirie de Maitre David Koubbi, avocat de l’ancien trader, et ne connaissant pas totalement le fond du dossier, je n’ai pas assez d’élements afin de me forger ma propre opinion sur cette affaire. Néanmoins, quant à l’ambiance générale, il me semble nécessaire de formuler quelques remarques.

Depuis plusieurs mois, je me rends régulièrement à des audiences, des comparutions immédiates, des procès en appel, en matière de contrefaçon, de diffamation, de détournements de fonds, de conduite sous l’emprise d’alcool,  j’ai assisté au procès d’Eric Zemmour, à celui des emplois fictifs du RPR à la mairie de Paris, par curiosité, intérêt et aussi car, étudiant en droit, je suis absolument passionné par la confrontation de la théorie, avec la pratique. Ce sentiment de croire, au départ, que tout est calculé, prévu d’avance, et qu’en réalité, ce sont, les avocats, les experts, les témoins et les juges qui aident à mettre la lumière sur une vérité que l’on croyait tout autre.

Le lot quotidien est souvent de croiser des suspects qui tentent de se défendre dans des salles souvent presque vides. Ce jeudi 28 juin 2012 était différent. La Cour d’appel de Paris était pleine, de nombreux journalistes au premier étage et un public venu nombreux. Si les procès pénaux jouent souvent sur le domaine de l’émotion, du spectacle, sur les joutes oratoires des avocats, j’ai été pourtant gené. J’avais l’impression de voir un acteur principal, Jérôme Kerviel, semblant plutôt sympathique mais dont le film était laminé par la critique. La faute serait attribuée à David Koubbi qui est médiatique, il l’a d’ailleurs reconnu et c’est ce qu’on lui reproche souvent. Celui de se défendre plus en dehors des tribunaux qu’en son sein. Les enjeux sont évidemment colossaux, les attentes le sont tout autant. Celle de la crédibilité d’une grande banque, la Société Générale. Jérôme Kerviel est l’homme par qui le scandale est arrivé, il a fait perdre à sa banque près de 4,9 milliards d’euros. A travers la figure du trader, c’est la finance qui est accusée, de manière très virulente et ce qui est excessif est très souvent inutile. Entre un suspect accusé d’être un terroriste par le dirigeant de son ancienne banque et son avocat qui insiste sur la maladie de la mère de son client, on a de la peine pour ce breton, accusé de tous les maux, au delà des sommes perdues et dont il doit, bien entendu, rendre compte et on éprouve de la compassion pour les membres de la Société Générale à qu’il a demandé pardon. On se demande comment réagira la justice vis à vis d’un avocat qui n’aura eu de cesse non pas de démontrer des faits tangibles mais de jouer sur la compassion, trois mois après avoir été choisi. On s’interroge enfin sur le sens de ce procès. Quelques mots échangés avec Jérôme Kerviel sur les marches du Palais de justice me font vraiment penser que ce spectacle n’avait pas lieu d’être. Les applaudissements à la fin de la plaidoirie étaient là pour le démontrer. C’était un procès de toutes les passions. A tort. Une certaine sobriété aurait été la bienvenue. Pour Jérôme Kerviel d’abord, pour la Société Générale ensuite, pour la justice enfin.

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Priorité à gauche

Les élections législatives dont les résultats commencent à être connus confirment la montée à gauche dans notre pays. Depuis plusieurs années, les élections intermédiaires sont systématiquement perdus par l’UMP, à l’exception des dernières Européennes. Etrange situation où nous assistons, ce soir, à l’élimination des candidats les plus à droite de l’ancienne majorité présidentielle tels Guillaume Peltier, Eric Raoult, Nadine Morano contrairement à Jean-Frédéric Poisson, François Fillon ou Marc Le Fur qui ont été élus. En parallèle, nous voyons l’arrivée de députés du Front National celles de Marion Le Pen et de Gilbert Collard. La droitisation prônée par Jean-François Copé a échoué mais pourtant, le centre et le centre-droit sont à l’agonie.  François Bayrou, d’une part, Hervé de Charette, Jean Dionis du Séjour, d’autre part, ont ainsi été battus.

Les français qui se sont déplacés ont fait le choix de la gauche et de ses alliés.

La gauche dispose ainsi de la majorité absolue afin de pouvoir voter l’euthanasie et le vote des étrangers. Ces thèmes de société sont importants et méritent d’être débattues. Des valeurs sont en jeu. Dans un cas, on reconnait que l’on peut disposer de la vie d’autrui et l’on dissocie citoyenneté et nationalité; dans l’autre, on estime que nul ne peut abréger la vie de quiconque et que l’on doit faire la démarche d’acquérir la nationalité française afin de disposer des droits et des devoirs de tout citoyen français. Néanmoins, n’y a t-il pas d’autres priorités plus essentielles  ?

La Grèce, l’Espagne souffrent des mesures d’austérité mises en place, depuis plusieurs mois. Des réformes n’avaient pas été faites, elles le sont, aujourd’hui, dans la douleur. En France, nous avons la curieuse impression que la perte de notre AAA n’a rien changé. Nous préférons augmenter l’allocation de rentrée scolaire. Non pas que la vie ne soit pas difficile mais la pertinence de cette mesure reste à démontrer, sur le long terme. C’est peut-être ça, au fond, la présidence normale. Une France sans réel projet.

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Et si l’avenir était dans l’alternance ?

Rarement l’avis des intéressés aura été aussi positif. Longtemps limité au secteur manuel, l’alternance est un mode d’enseignement qui s’étend, de plus en plus, aux filières générales. Jugés souvent comme trop théoriques, les études de droit et d’ingénieur s’ouvrent, par ce biais, à l’entreprise. Ainsi, un nombre important d’étudiants, autour de moi, ont fait ce choix qu’ils jugent exigeant et passionnant. Exigeant, car ils sont considérés comme de véritables salariés, au côté de collègues aguerris, ils profitent de l’expérience du maître d’apprentissage afin de pouvoir mettre en application les connaissances reçus de manière concrète. Passionnant, car s’il existe de la fatigue accumulée par les cours dispensés, par ailleurs, et de fait d’un rythme de vie contraignant, ils bénéficient d’un savoir faire qu’ils n’auraient pas pu acquérir autrement, tout en étant assuré de garder leur emploi. L’entreprise y trouve aussi des avantages. Non seulement, elle dispose de crédit d’impôt mais en plus, elle a un rôle important dans la transmission de valeurs . Il y a quelques jours, j’ai ainsi pu vivre une journée à l’intérieur d’une usine fabricant des tuiles en terre cuite, Terreal. A l’occasion d’une journée consacrée au handicap, plusieurs étudiants d’un master de droit en alternance ont, avec un apprenti travaillant au sein de cette société, conseillé des employés quant à leur possibilité de reconnaître leurs droits. Au delà de cette simple démarche, nous avons passé la journée en compagnie de membres de l’entreprise qui ont pris de le temps, de nous inviter à déjeuner, d’expliquer leur métier tant sur la confection des produits que sur les moyens de diriger une société.  Alors que les entreprises ne sont, aujourd’hui, malheureusement, pas toujours valorisées, l’apprentissage nous montre un chemin sur lequel il semble important de s’engager. Celui de rapprocher le monde du travail avec celui de l’enseignement supérieur.

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