Pourquoi TF1 voit l’audience de ses journaux du soir et du week-end baisser ?

par Kephas

Inlassablement, le sort semble s’acharner sur TF1. Chose impensable il y a dix ans, pour la chaîne qui franchissait alors régulièrement la barre des quarante pour cent d’audience, durant son rendez-vous d’information du soir, seuls 23,8 pour cent des telespectateurs étaient devant le journal de Laurence Ferrari, hier.  France 2 a vu ses audiences se redresser, battant ainsi systématiquement la première chaine de France depuis plusieurs mois, sur les retransmissions événementielles (mariage du Prince William et de Kate Middleton, dernières soirées électorales). Il convient de s’y arrêter un instant afin d’expliquer cette situation, l’arrivée de la TNT entre temps n’expliquant pas tout.

L’année 2007 a vu le départ du duo historique de Patrick Le Lay et Etienne Mougeotte, respectivement président directeur général et vice président de TF1, tous deux remplacés par Nonce Paolini.

A cette époque, malgré des audiences légèrement en baisse, Patrick Poivre d’Arvor régnait en maitre à la présentation des informations du soir, tandis que France 2 connaissait une audience, pour son journal télévisé, de moins de vingt pour cent de part de marché pour la première semaine de juin de cette même année, inférieure de près de moitié à celle du 20H00 de TF1.

Pourtant, TF1 écarta, en juillet 2008, l’ancien présentateur du journal de TF1 et le remplaca par Laurence Ferrari, qui, évincée deux ans plus tôt de TF1, travaillait à Canal plus. Jean-Claude Dassier, ancien directeur de la rédaction de la chaine d’information LCI, remplaçait alors Robert Namias à la direction de l’information. France 2 quant à elle, gardait sa confiance à David Pujadas, et Laurent Delahousse, arrivé deux ans plus tôt sur le service public. Thierry Thuillier, ancien responsable du service étranger de la chaîne publique et ex présentateur de l’émission « Un œil sur la planète» devenait, quant à lui, rédacteur en chef du journal de 20 h de France 2 sur proposition d’Arlette Chabot, alors directrice de l’information de la chaîne.

Laurence Ferrari, entendait, en 2008, « varier les durées, faire plus de brèves, de off, de sujets plus longs » indiquant  alors vouloir « casser l’effet monotone des sujets qui s’enchaînent sur la même durée« .

Son premier journal du 25 août 2008 fut ainsi exigeant avec l’interview du président Géorgien, Mikheil Saakachvili, en conflit ouvert avec la Russie et recolta près de quarante pour cent d’audience. Force est de constater que ces modifications n’ont pas suffit. A cette époque, France 2 était en crise. La société des journalistes, par la voix de Jacques Cardoze, accusait la chaine de copier TF1; Thierry Thuillier, ancien responsable du service étranger de la chaîne publique et ex présentateur de l’émission « Un œil sur la planète» devenait redacteur en chef du journal de 20 h de France 2 sur proposition d’Arlette Chabot, alors directrice de l’information de la chaîne.  Quelques mois plus tard pourtant, il quitta son poste pour rejoindre i>TELE, chaine d’information française. La nomination du nouveau Président de France Télévision, Rémy Pfimlin, vit le retour de Thierry Thuillier succédant alors à Arlette Chabot.

S’inspirant de son passage sur la chaine du groupe Canal plus, en prenant en compte le poids des chaines d’information en continu et la présence de smartphones qui facilitent l’accès immédiat à l’information, Thierry Thuillier, a modernisé, en profondeur, les 20 heures de France 2. A travers la multiplication des duplex, l’intervention accrue sur le plateau des intervenants spécialisés (notamment Jean-Daniel Flaysakier pour la santé, Etienne Leenhardt sur les sujets étrangers, Jean-Paul Chapel pour l’économie). Sur la forme, par la mise en place de nouveaux générique, plateau et habillage et par l’instauration, de «dossiers» plus long et par des rendez-vous différents, le week-end. Ainsi, ont été maintenus 13h15, oscillant entre un reportage allongé, chaque samedi, et un débat entre un acteur de la vie civile et des éditorialistes, le dernier jour de la semaine. Les journaux ont été aussi allongés, dépassant allégrement 20h35, heure qui était, depuis la suppression de la publicité sur les chaînes publiques après 20h, celle des débuts du programme de première partie de soirée. Julian Bugier, jeune journaliste devenu remplaçant de David Pujadas. Marie Drucker est chargée, quant à elle, des journaux du week-end durant les vacances de Laurent Delahousse et des évènements en direct de la chaine.

TF1 a tenté d’innover, elle aussi, à travers des déplacements à l’étranger d’une partie de l’équipe du 20H, on peut se souvenir d’une interview réalisée en Iran avec Mahmoud Ahmadinejad, un générique légèrement modifié et un nouvel habillage sont apparus comme également un reportage plus long, chaque soir. Pourtant, la différence majeure porte, de l’aveu même d’un journaliste du groupe TF1, sur le fond. Cette dernière a l’habitude des sujets factuels, en racontant par exemple la vie d’un candidat; A l’inverse, France 2 va poser une problématique et tenter d’y répondre.  Elle s’appuie sur ses nombreux bureaux à l’étranger (Israel-Palestine, Russie, Chine, Royaume-Uni, Etats-Unis, Italie, Allemagne, Russie, Belgique et Sénégal) contrairement à TF1 qui a fermé, en l’espace de quelques mois, ses bureaux russe et italien.

TF1, chaine leader, a essayé de réagir. Axel Duroux, ancien président de RTL a été recruté. Las, il est parti rapidement. Le départ de Jean-Claude Narcy qui commentait aussi bien la célébration de la Fête Nationale que les mariages princiers a été acté du fait de mauvaises audiences. Il a ainsi été remplacé par Gilles Bouleau, ancien correspondant aux Etats-Unis, afin de suivre les évènements en direct, après des audiences décevantes. Michel Floquet, chargé, auparavant, de la rédaction en chef du journal télévisé du soir, lui succédant. Jean-Claude Dassier, quant à lui, est parti diriger l’OM et Catherine Nayl, chargée des reportages, l’a remplacée. Seul un nouveau programme, permettant de mieux connaître une ville, et instauré le week-end a rencontré son public. Néanmoinns, ces changements n’ont pu modifier positivement les audiences.

Les audiences de France 2 sont d’autant plus remarquables qu’il existe désormais des programmes concurrents fédérateurs par l’intermédiaire du feuilleton Plus belle la vie diffusé sur France 3, qui il est vrai, existait avant l’arrivée de Laurence Ferrari, mais surtout, par l’apparition du 19:45 de M6, et la série Scènes de Ménages, sans compter le déploiement très rapide de la Télévision Numérique Terrestre.

Espérons que TF1 saura retrouver les clefs du redressement.

Kephas

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