Eloges à Luc Ferry

par Kephas

Il peut sembler sans doute maladroit de faire l’éloge d’une personne que l’on apprécie pour ses convictions, ses propos sans maitriser parfaitement sa pensée, au risque de n’en avoir qu’une vision partielle, de manquer d’esprit critique et de recul.

Luc Ferry, philosophe et ancien ministre, est un intellectuel pour qui j’ai la plus grande estime. Non seulement un individu lâché et lynché comme il a été lorsqu’il était chargé du Ministère de l’Education Nationale, mérite à lui seul que l’on s’y intéresse au seul motif que les raccourcis dont il a pu faire l’objet doivent être analysés, mais, de plus, son parcours est exemplaire et ses réflexions le sont tout autant.

Définir un homme dont je n’ai lu que quelques ouvrages et dont j’écoute l’ensemble des interventions est certes difficile. Il est certain que l’intérêt que je porte vers la philosophie, bien qu’avéré, ne me permet pas néanmoins de comprendre la totalité de ses réflexions. Je reconnais là un manque cruel de culture que je tenterai de combler par de futures lectures,. Mon année de terminale en philosophie m’a, il est vrai, apporté des notions essentielles sans pour autant que je puisse, aujourd’hui, avoir le temps de les approfondir, de les connaitre, de les apprendre. J’ai suivi un autre chemin, celui du droit.

S’il est indéniable que je me reconnais dans sa critique de la crise de Mai 1968 qui n’a abouti qu’à la seule jouissance des sens et d’une consommation effrénée de la part de ceux là mêmes qui critiquaient la société dans laquelle ils vivaient, je souhaitais évoquer l’homme public, le politique.

Evoquons tout d’abord ce parcours méritocratique exemplaire. Fils d’un technicien automobile, pilote instructeur et d’une mère au foyer qui se consacrait pleinement à ses enfants, Luc Ferry a déménagé à de nombreuses reprises entre La Garennes-Colombes, où il né, à Mantes-la-Jolie, où il y a fait ses études secondaires, en passant par Puteaux. Dans le très bon livre d’entretiens avec Alexandra Laignel-Lavastine , celui qui se définit comme un anticonformiste remercie page après page, ses parents qui ont lui ont transmis la nécessité de la culture. Par son travail, son seul effort, celui qui n’avait eu aucune notion de ce type d’études obtient l’agrégation de philosophie et de sciences politiques.

Enseignant dans différentes universités, auteurs de nombreux ouvrages dont la Pensée 68, faible succès de librairie mais grand succès d’estime, il a été nommé Ministre de la Jeunesse, de l’Education Nationale et de la Recherche. Contrairement à beaucoup de ces prédécesseurs, il a eu le courage de reconnaitre, le premier, que tout n’était pas parfait dans notre système éducatif Ainsi, prenant l’exemple de l’illetrisme et du nombre d’élèves toujours plus accru ne sachant ni lire, ni compter. Il a voulu initier des réformes comme celle primordiale de dédoubler des classes de CP dans les écoles difficiles. Nous oublions trop souvent que 80 pour cent des enfants qui ne savent pas lire en CP, ne le pourront jamais. Quel avenir peut-on donner à des enfants qui n’aiment pas l’école car ils la craignent. C’est pourquoi il est indéniable de favoriser les filières professionnelles d’excellence. Un ami qui n’aimait pas l’école a choisi ce type d’études courtes, il est menuisier et très heureux, fier de me parler de sa passion. Arrêtons ce snobisme français qui consiste à décourager ce type d’initiative. S’inspirant du modèle anglais, Luc Ferry propose enfin une école des parents afin de les aider à éduquer leurs enfants. Me rendant régulièrement à des procès, je ne peux, malgré ma jeunesse, que constater que les délinquants jugés et condamnés par les tribunaux correctionnels ont souvent eu un cadre de vie instable, avec des parents absents ou dépassés. Les solutions proposés par Luc Ferry sont simples mais, hélas, peu reprises.

Un mot enfin sur la polémique honteuse dont il a fait l’objet à la suite de propos tenus sur Canal +, il y un an déjà. Après avoir félicité les journalistes quant au fait de ne pas vouloir tout divulguer sur la vie privée des ministres, Luc Ferry a été le centre de l’ensemble des critiques. Ce n’est pas tant l’action en lui-même, abject, qui était reprochée, celle de commettre des partouzes avec des petits garçons mais de ne pas avoir divulgué l’information. J’entends tous les jours des rumeurs pour le moins honteuses qui concernent telle personnalité politique ou sur des relations plus ou moins proches, ce n’est pas pour autant que je vais diffuser ces informations, ne disposant d’aucune preuve. Cela en serait abject. Luc Ferry n’est pas entré dans la délation bien au contraire. Dire l’inverse relève de la mauvaise foi sinon du mensonge.

Kephas

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