Kephas

Un catho à contre-courant

Mois : avril, 2012

Des clics et des claques

A bien des égards, la campagne que nous vivons laisse un goût d’amertume.

Amertume, car le poids des extrêmes totalise aujourd’hui près d’un  tiers des voix cumulés. Ainsi, incontestablement, avec 18 pour cent des voix, Marine Le Pen joue un rôle d’arbitre. Jean-Luc Mélenchon, lui aussi, y participe à sa manière. Sur le dirigeant du Front de Gauche, je ne peux que vous conseiller de lire le très bon article de François-Xavier Bellamy, maire adjoint de la Mairie de Versailles

Amertume, car trop longtemps, l’immigration a été confinée aux seules mains du FN et, dans une moindre mesure, au MPF, faisant l’objet de tous les fantasmes et revient aujourd’hui sur la scène en étant l’axe majeur de l’entre deux tours

Amertume, car on aurait pu croire ,qu’en raison de la crise, la dette aurait pris le dessus, c’est un tout autre chemin qui se dessine, en réalité, aujourd’hui.

Néanmoins, le vote FN doit être pris en considération, que l’on veuille ou non.

Evoquons donc, sans parti pris, l’immigration et les questions sous-jacentes qui en découlent, laissant donc de côté, de manière temporaire, la sortie de l’Euro, thème sur lequel nous reviendrons prochainement.

Alors que l’ immigration serait l’objet de l’ensemble des maux, par son coût supposé et les problèmes qui en découleraient.

Il faut ainsi s’interroger

Est-il vrai que les immigrés coûtent cher à la France – soit parce qu’ils pèsent sur le budget de l’État, soit parce qu’ils affectent négativement l’emploi et les salaires ?

Afin d’avoir une approche précise de ces questions, je me suis largement inspiré de l’audit de la politique d’immigration, d’intégration et de codéveloppement , j’essayerai d’apporter quelques informations et de souligner les points semblant importants.

Apportons tout d’abord, quelques informations

«En 2008, 8,4 % des personnes vivant en France sont immigrées. (…) Jusqu’au milieu des années 1970, les flux d’immigration sont essentiellement masculins, comblant ainsi les besoins de main-d’œuvre. En 1974, les migrations familiales prennent une part croissante dans ces flux, suite au frein mis à l’immigration de main-d’œuvre. Ils sont alors principalement composés de femmes qui viennent rejoindre leur conjoint déjà présent sur le territoire. En 2008, un immigré sur deux est une femme, contre 44 % en 1968. La part des immigrés originaires du continent européen a baissé de près de 30 points depuis 1975, du fait des décès ou des retours au pays d’origine. En 2008, 43 % des immigrés sont nés dans un pays du continent africain, pays du Maghreb ou anciens pays sous administration française. Un peu plus d’un sur sept vient d’Asie, seulement 5 % sont originaires d’Amérique ou d’Océanie.

En 2010, 2,7 millions d’immigrés âgés de 15 ans ou plus sont présents sur le marché du travail en métropole, actifs ou chômeurs, soit 9,4 % de la population active. Le taux de chômage des immigrés en 2010 est supérieur de 7 points à celui des non-immigrés. La moindre qualification des immigrés et des emplois qu’ils occupent n’explique pas à elle seule ce différentiel. Le taux de chômage des immigrés diplômés de l’enseignement supérieur est le double de celui de leurs homologues non immigrés, mais le fait de sortir du système scolaire sans diplôme augmente fortement le risque du chômage. Par ailleurs, l’accès au marché de l’emploi des immigrés originaires de pays tiers hors Union européenne est plus difficile que celui des immigrés natifs d’un pays de l’Union Européenne.

A la première interrogation formulée ci-dessus, voici des éléments de réponse apportés par Joël Oudinet – Economiste, que l’on retrouve dans ce rapport cité plus haut

« Effet sur les salaires

D’un point de vue théorique, effectivement, le salaire est susceptible de baisser parce qu’essentiellement il y a une concurrence entre les demandeurs. S’il y a concurrence entre deux, l’employeur va prendre celui qui propose le salaire le moindre et donc ça va faire baisser le salaire. En théorie, ce qui est important, c’est qu’il y ait une véritable concurrence sur les emplois qu’on dit effectivement substituables, c’est-à-dire sur lesquels il y a une véritable concurrence, c’est-à-dire les demandeurs ont les mêmes types de compétences, de qualification. Un maçon ne va pas être en concurrence avec un ingénieur ou même un architecte. Ce sont des emplois complémentaires. La théorie montre bien qu’il peut y avoir d’un point de vue logique, le modèle de Borgeas montrait cela, ce sont les emplois substituables qui risquent de baisser. Par contre, les emplois complémentaires, à l’inverse, voient leurs revenus s’accroitre. Si on a un maçon, le maçon est directement mis en concurrence avec un maçon immigré, eux voient le salaire baisser, mais à l’inverse, toutes les autres personnes vont voir leurs revenus augmenter parce que le prix de la maison va baisser.

C’est ce que la théorie appelle le surplus de l’immigration qui va être partagé.  Les études économétriques qui ont été faites là-dessus montrent que les effets sont très limités. On peut avoir effectivement une baisse dans certains cas de légères baisses pour ceux qui sont en concurrence et de légères hausses pour ceux qui ne sont pas en concurrence, mais c’est très faible. Toutes les études montrent cela. Une étude des US montre les élasticités en jeu. Effectivement, s’il y a une augmentation de 1 % de la population active, en France, cela ferait + 270 000, les salaires des autochtones baisseraient pour les non qualifiés de simplement entre 0,2 % et 1 % et cela sans effet sur le chômage. Une arrivée de 50 000 immigrants pourrait faire baisser les salaires de 0,04 % – 0,18 %, ce qui est vraiment très négligeable. Toutes les études montrent cela avec pour les études européennes, des élasticités plus faibles qu’aux US, ce qui est assez logique puisqu’on a moins de concurrence. La concurrence est essentiellement entre les anciens immigrés et les nouveaux arrivants. Ceux qui sont en concurrence et qui voient leurs salaires baisser, c’est plutôt les anciens émigrants. Ils se retrouvent finalement dans les mêmes secteurs : construction, restauration, commerce, nettoyage, service, ménage. Ces secteurs sont détenus majoritairement par les immigrés dans tous les pays européens. Ce sont les immigrés qui font tourner ces secteurs. C’est très cloisonné. Les Marocains sont manœuvres. Le chef d’équipe est portugais et l’architecte est français. Les impacts les plus importants sont sur les anciens immigrants. Ce sont eux qui voient baisser leur salaire d’une manière plus importante. Une étude au Royaume-Uni montre que les migrants avaient vu leurs salaires baisser. La différence s’est accrue de 6 % entre 2000 et 2005. On a eu la même chose en Allemagne où ça a été montré, la nouvelle vague d’émigrants turcs plus qualifiée, a fait baisser les salaires des anciens émigrés.

Effet sur les emplois

Est-ce que les immigrés prennent les emplois des autochtones ? 40 % pensent cela. En fait les immigrants prennent leur propre emploi. Les Français sont moins inquiets que les

Allemands. Mais on est un peu moins inquiet là-dessus. Qu’en est-il vraiment ?

D’un point de vue théorique, évidemment. Il n’y a pas un partage d’un emploi. Ce n’est pas un gâteau qu’on se partage. Les immigrés sont aussi des consommateurs. En tant que consommateurs, ils vont créer de la demande supplémentaire et vont donc créer des emplois. Ces emplois sont d’ailleurs plutôt complémentaires. L’arrivée des Chinois fait monter des restaurants chinois. On n’est pas dans une concurrence complète.  Finalement toutes les études montrent que la grande majorité des migrants arrivants créent leur propre emploi. Ce n’est pas simplement en France. Sur l’emploi, l’impact est bien moindre. Beaucoup d’études le montrent quelle que soit la méthodologie, entre coefficients facteur, corrélation spatiale, simulation de modèles. On avait simulé un modèle macro-économétrique pour regarder les effets de la demande. On voit bien qu’une variation de 10 % de flux migratoires fait augmenter le chômage de 0,01 %. Si c’est une augmentation énorme de 1 % de la population active, ça gagnerait 0,5 % donc de 8 % à 8,5 %. On est sur quelque chose de très faible. Sur les rapatriés d’Algérie, une étude a montré que le taux de chômage des non-rapatriés n’aurait augmenté que de 0,2 % sur cette période. En 1962, au moment où il y a eu le retour

des rapatriés d’Algérie, en particulier dans la région PACA, l’impact a été très faible, de 0,2 point. C’était en comparant dans les expériences naturelles, on arrive à distinguer tous les effets puisqu’on compare avec d’autres régions qui ont les mêmes caractéristiques et qui n’ont pas eu cet impact. Il y a eu la même expérience naturelle faite sur l’arrivée des Cubains en Floride où on a cet effet.

Est-ce que les émigrants reçoivent plus qu’ils ne contribuent ?

(…) Les études sont très délicates parce qu’elles sont sensibles à toutes les hypothèses, à la conjoncture, à quel moment ça a été fait. Malgré tout, les études montrent que les immigrants déboursent plus en impôt qu’ils ne reçoivent, c’est-à-dire que le solde est plutôt positif. Il y a des dépendances fortes, on a montré aussi qu’aux US puisqu’il y a une distinction entre le budget fédéral et le budget de chaque État et là, on a au niveau local quelque chose de déficitaire, mais c’est globalement favorable parce qu’au niveau national,c’est plus important.  Ces études sont très critiquables parce qu’elles sont ponctuelles, liées à la conjoncture. Les résultats peuvent changer d’une année sur l’autre. Les autres études au Royaume-Uni, Espagne, US montraient que grosso modo, en partie, le solde était positif, surtout en raison de la structure asymétrique par âge. Les dernières études sont plus comme celles présentées par Didier Blanchet, des études dynamiques prenant en compte l’évolution d’un immigrant sur la durée de sa vie. À ce moment-là on a plusieurs effets qui peuvent être mieux appréhendés dans ces modèles de comptabilité générationnelle. Ils ne prennent pas seulement en compte un immigrant sur la durée de sa vie, mais aussi les générations suivantes. Tous les effets nous montrent que les générations suivantes sont beaucoup plus excédentaires. Grosso modo, plus le niveau de qualification est élevé, plus les apports sont importants.

La plupart des estimations montrent que l’effet est quand même positif globalement, mais avec des effets assez faibles. Des effets plus importants sont notés dans les études en Allemagne et en Espagne parce que le concept de vieillissement de la population est plus fort qu’en France. »

Quant au rôle de l’immigration, L’Eglise dans sa doctrine sociale, apporte une réponse

«L’immigration peut être une ressource, plutôt qu’un obstacle au développement. Dans le monde actuel où s’aggrave le déséquilibre entre pays riches et pays pauvres et où le développement des communications réduit rapidement les distances, les migrations de personnes en quête de meilleures conditions de vie augmentent. Ces personnes proviennent des régions les moins favorisées de la terre: leur arrivée dans les pays développés est souvent perçue comme une menace pour les niveaux élevés de bien- être atteints grâce à des décennies de croissance économique. Toutefois, les immigrés, dans la majorité des cas, répondent à une demande de travail qui, sans cela, resterait insatisfaite, dans des secteurs et des territoires où la main d’œuvre locale est insuffisante ou n’est pas disposée à effectuer ce travail.

Les institutions des pays d’accueil doivent veiller soigneusement à ce que ne se répande pas la tentation d’exploiter la main d’œuvre étrangère, en la privant des droits garantis aux travailleurs nationaux, qui doivent être assurés à tous sans discriminations. La réglementation des flux migratoires selon des critères d’équité et d’équilibre 643 est une des conditions indispensables pour obtenir que les insertions adviennent avec les garanties requises par la dignité de la personne humaine. Les immigrés doivent être accueillis en tant que personnes et aidés, avec leurs familles, à s’intégrer dans la vie sociale.644 Dans cette perspective, le droit au regroupement familial doit être respecté et favorisé.645 En même temps, autant que possible, toutes les conditions permettant des possibilités accrues de travail dans les zones d’origine doivent être encouragées.646»

La question fondamentale est, me semble t-il, celle, soulevée par l’Eglise.

Ne faut-il pas mieux que les possibles migrants restent là où ils vivent afin de contribuer à leur propre richesse ?

Plus largement, en considèrent que l’immigration soit un problème, quelle politique adopter avec les pays qui sont à l’origine de l’arrivée de ces immigrants ? Comment accueillir dignement les immigrés dans notre pays ?

Là où il sera accueilli, l’immigré reverse généralement une somme d’argent à son pays d’origine. Elle est de l’ordre de trois-cent milliards et représente la deuxième source de transfert au monde après le commerce sur les produits pétroliers (selon le géographe, Gildas Simon).

Pour le professeur d’Economie, El Mouhoub Mouhoud, « Penser qu’on ferait des accords de libres-échanges avec les pays du Sud de la méditerranée, ou avec les pays d’Afrique subsahariennepour que les migrations soient freinées est relativement, me semble-t-il, aujourd’huiinintéressant comme point de vue tellement il y aurait d’autres choses à faire de plus efficace »

A mon sens, on ne peut écarter, non plus, l’aspect culturel. Toute migration nécessite des efforts accrus parfois douloureux. J’ai vécu cette expérience et je sais, que même s’il s’agit d’une migration choisie (quoique…) dans des conditions matérielles incomparables de celles du migrant fuyant définitivement son pays. Il faut se conformer à une nouvelle langue, une manière nouvelle de penser, à un autre rythme de vie. On peut vivre facilement dans un cocon entouré de personnes parlant la même langue, ayant la même culture, ne permettant pas l’intégration et favorisant ainsi le communautarisme.

Que faut-il faire alors ?

Instaurer des quotas comme le préconise Marine Le Pen, à hauteur de dix mille immigrants par ans, ou accueillir tout le monde comme le souhaite le Front de Gauche ?

A cette question, Pierre Mazeaud y répond

Les quotas semblent hors de propos. Impossibles à mettre en oeuvre au regard de la Constitution comme des Conventions Européennes, elles ne peuvent fonder une politique d’immigration.

En revanche,  «Il est en envisageable de mieux contrôler et de définir plus strictement les conditions d’exercice du droit au séjour»

Ainsi, l’accueil des membres de la famille des Français peut être refusé en cas de doute sérieux sur l’état civil ou la validité du mariage ; en outre, «les États ne sont pas tenus d’organiser des régularisations générales. Les régularisations à grande échelle, si elles permettent d’apurer certaines situations, ont un effet induit sur l’immigration familiale. Aussi sont-elles déconseillées par la Commission européenne», enfin le regroupement familial à partir du pays d’origine doit être subordonné à des conditions de revenus et d’intégration qui ne sont pas appliquées aujourd’hui dans toute leur rigueur. En réalité, il faut mieux définir et contrôler l’entrée et le séjour dans le cadre des principes  protecteurs des droits des étrangers et de lutter contre l’immigration irrégulière

«L’immigration irrégulière est d’autant plus inacceptable que  plusieurs voies légales d’immigration sont largement ouvertes dans le cadre  de l’immigration de travail, de l’accueil d’étudiants, de la venue des familles, de l’octroi du statut de réfugié ou d’accords avec les pays d’origine. Elle compromet tous les efforts de maîtrise des flux réalisés par l’État de destination comme par l’État d’origine, favorise des filières criminelles et crée en outre une injustice flagrante entre les personnes qui respectent les lois et les procédures et celles qui décident de passer par l’illégalité.

En conséquence, les pouvoirs publics doivent agir avec la plus  grande fermeté dans la lutte contre l’immigration irrégulière, notamment contre les passeurs qui exploitent la pauvreté»

Il faut enfin la tenue d’un débat annuel devant le Parlement sur les objectifs de la politique migratoire.

Esperons que cette question sera débattue, sereinement, par le législateur qui profitant d’une nouvelle composition des forces politiques ou d’une stabilité aura à cœur de mettre fin aux polémiques qui existent toujours aujourd’hui.

Kephas

Eloges à Luc Ferry

Il peut sembler sans doute maladroit de faire l’éloge d’une personne que l’on apprécie pour ses convictions, ses propos sans maitriser parfaitement sa pensée, au risque de n’en avoir qu’une vision partielle, de manquer d’esprit critique et de recul.

Luc Ferry, philosophe et ancien ministre, est un intellectuel pour qui j’ai la plus grande estime. Non seulement un individu lâché et lynché comme il a été lorsqu’il était chargé du Ministère de l’Education Nationale, mérite à lui seul que l’on s’y intéresse au seul motif que les raccourcis dont il a pu faire l’objet doivent être analysés, mais, de plus, son parcours est exemplaire et ses réflexions le sont tout autant.

Définir un homme dont je n’ai lu que quelques ouvrages et dont j’écoute l’ensemble des interventions est certes difficile. Il est certain que l’intérêt que je porte vers la philosophie, bien qu’avéré, ne me permet pas néanmoins de comprendre la totalité de ses réflexions. Je reconnais là un manque cruel de culture que je tenterai de combler par de futures lectures,. Mon année de terminale en philosophie m’a, il est vrai, apporté des notions essentielles sans pour autant que je puisse, aujourd’hui, avoir le temps de les approfondir, de les connaitre, de les apprendre. J’ai suivi un autre chemin, celui du droit.

S’il est indéniable que je me reconnais dans sa critique de la crise de Mai 1968 qui n’a abouti qu’à la seule jouissance des sens et d’une consommation effrénée de la part de ceux là mêmes qui critiquaient la société dans laquelle ils vivaient, je souhaitais évoquer l’homme public, le politique.

Evoquons tout d’abord ce parcours méritocratique exemplaire. Fils d’un technicien automobile, pilote instructeur et d’une mère au foyer qui se consacrait pleinement à ses enfants, Luc Ferry a déménagé à de nombreuses reprises entre La Garennes-Colombes, où il né, à Mantes-la-Jolie, où il y a fait ses études secondaires, en passant par Puteaux. Dans le très bon livre d’entretiens avec Alexandra Laignel-Lavastine , celui qui se définit comme un anticonformiste remercie page après page, ses parents qui ont lui ont transmis la nécessité de la culture. Par son travail, son seul effort, celui qui n’avait eu aucune notion de ce type d’études obtient l’agrégation de philosophie et de sciences politiques.

Enseignant dans différentes universités, auteurs de nombreux ouvrages dont la Pensée 68, faible succès de librairie mais grand succès d’estime, il a été nommé Ministre de la Jeunesse, de l’Education Nationale et de la Recherche. Contrairement à beaucoup de ces prédécesseurs, il a eu le courage de reconnaitre, le premier, que tout n’était pas parfait dans notre système éducatif Ainsi, prenant l’exemple de l’illetrisme et du nombre d’élèves toujours plus accru ne sachant ni lire, ni compter. Il a voulu initier des réformes comme celle primordiale de dédoubler des classes de CP dans les écoles difficiles. Nous oublions trop souvent que 80 pour cent des enfants qui ne savent pas lire en CP, ne le pourront jamais. Quel avenir peut-on donner à des enfants qui n’aiment pas l’école car ils la craignent. C’est pourquoi il est indéniable de favoriser les filières professionnelles d’excellence. Un ami qui n’aimait pas l’école a choisi ce type d’études courtes, il est menuisier et très heureux, fier de me parler de sa passion. Arrêtons ce snobisme français qui consiste à décourager ce type d’initiative. S’inspirant du modèle anglais, Luc Ferry propose enfin une école des parents afin de les aider à éduquer leurs enfants. Me rendant régulièrement à des procès, je ne peux, malgré ma jeunesse, que constater que les délinquants jugés et condamnés par les tribunaux correctionnels ont souvent eu un cadre de vie instable, avec des parents absents ou dépassés. Les solutions proposés par Luc Ferry sont simples mais, hélas, peu reprises.

Un mot enfin sur la polémique honteuse dont il a fait l’objet à la suite de propos tenus sur Canal +, il y un an déjà. Après avoir félicité les journalistes quant au fait de ne pas vouloir tout divulguer sur la vie privée des ministres, Luc Ferry a été le centre de l’ensemble des critiques. Ce n’est pas tant l’action en lui-même, abject, qui était reprochée, celle de commettre des partouzes avec des petits garçons mais de ne pas avoir divulgué l’information. J’entends tous les jours des rumeurs pour le moins honteuses qui concernent telle personnalité politique ou sur des relations plus ou moins proches, ce n’est pas pour autant que je vais diffuser ces informations, ne disposant d’aucune preuve. Cela en serait abject. Luc Ferry n’est pas entré dans la délation bien au contraire. Dire l’inverse relève de la mauvaise foi sinon du mensonge.

Kephas

Triches

 

En temps normal, je publie un article chaque week-end. Cette semaine, je comptais ainsi vous faire partager un texte sur un philosophe, ancien Ministre, qui tient de nombreux propos que j’approuve et apprécie. Il s’agit de Luc Ferry. Un évènement imprévu en a décidé autrement.

 

Passant une épreuve de langue à l’écrit, il y a quelques jours, j’ai surpris ma voisine en train de tricher. Cette dernière, son blackberry dans sa trousse, traduisait, son texte en tapotant sur son clavier. Je reconnais bien volontiers qu’il s’agit d’un sujet mineur face à l’actualité nationalité, à la dette, à l’élection présidentielle mais tout de même important.

 

Certes, il m’arrive arrivé de jeter un oeil autour de moi, pour voir où en étaient mes voisins mais jamais je n’aurai pu franchir un seuil supplémentaire. Celui de tricher. Au delà d’un simple jugement de valeur que l’on pourrait facilement porter et qui n’aurait, au fond, aucun intérêt. Un question se pose en réalité. Comment transmettre le savoir ?

 

Si l’on souhaite que les élèves ou les étudiants disposent de documents de travail lors des examens, ne délaisse t on pas l’apprentissage simple d’informations et d’analyses qui en résulte face aux problèmes posés par le sujet afin de privilégier une certaine qualité de réflexion ?

 

Dans le cas où cette règle n’est pas acceptée, n’est-ce pas un profond déséquilibre pour les étudiants sérieux qui ne se verront pas récompensés ? Ne s’agit-il pas, en donnant des diplômes à ceux qui ne le méritent pas de décrédibiliser notre système éducatif ?

 

 

 

S’il peut sembler intéressant d’étudier la première hypothèse, la seconde me semble plus raisonnable.

 

 

 

Une nouvelle question peut alors être soulevée. Que faire des étudiants qui copient ?

 

Il n’est pas rare de voir des élèves écoper d’un zéro après avoir recopié des devoirs entiers déjà rédigés lors des devoirs rédigés à la maison. Si cela a toujours existé, internet a facilité l’accès à ce type d’informations. Je n’appartiens pas au corps de l’Education Nationale et je ne suis pas là pour dire ce qui est bien ou mal. Néanmoins, afin d’éviter toute triche, il est nécessaire d’appliquer systématiquement une sanction sévère à l’encontre de ceux qui commettent ce type de méfaits. Cela permettra d’éviter le dilemme que beaucoup ont. Celui de se terrer dans la silence, de ne rien dire, celui de tout avouer, quitte à en paraitre ridicule ou être tenté de mettre les pratiques observées en application.



Fin de campagne

 

Une campagne présidentielle idéale serait celle qui opposerait une gauche crédible, réaliste (celle brillamment imaginée par Pascal-Emmanuel Gobry) à une droite, elle aussi, crédible et réaliste. Evidemment, nous aurions comme au Royaume-Uni ou en Allemagne, des différences notables – et nécessaires- quant aux programmes proposés aux français. Un modèle plus ou moins interventionniste tant en matière économique que de mœurs serait proposé (nous sommes en France) mais il existerait une volonté commune du rétablissement des comptes publics. Force est de constater que cette volonté n’est qu’un doux rêve. Il y a quelques jours, François Hollande a exposé ses premières mesures s’il est élu président. Notons tout d’abord le mépris d’un homme qui s’estimant maitre du calendrier, prévoit l’obtention de la majorité requise à l’Assemblée Nationale afin de pouvoir mettre à exécution son programme. Il renverrait les députés nouvellement élus à de simples exécutants qui ne pourront amender les propositions de lois qu’il semble déjà avoir proposées.

 

L’homme qui prône « le retour à l’équilibre » en France en 2017 présente des dépenses nouvelles lors de sa première année de quinquennat. Est ainsi prônée la création de 60 000 postes à l’Education Nationale .S’il suffisait d’embaucher des fonctionnaires de l’Education Nationale afin d’améliorer le niveau de nos élèves, cela pourrait se justifier. Ce constat qui semble être pourtant celui du PS est faux et dangereux. Faux car les politiques successivement mises en place n’ont pu enrayer le déclin de notre niveau d’éducation, dangereux car octroyer aveuglement une hausse du nombre d’enseignants c’est augmenter notre taux d’endettement. Rappelons que chaque français a une « dette » à hauteur de 27 000 euros. François Hollande semble l’avoir oublié.

 

Il oublie également que nous sommes dans un monde ouvert, mondialisé, en faisant part de la volonté d’aligner le taux d’imposition des revenus du capital à celui du travail, il favorise de fait l’exode fiscal et écarte les investisseurs étrangers de notre économie.

 

Nul ne conteste que le capital a besoin du travail mais croire que le travail ne peut exister sans capital est erroné. Comment peut-on innover sans argent, sans brevet, sans création, sans risque ?

 

Au centre, François Bayrou. Le patron du Modem a pu séduire bon nombre d’électeurs en 2007 par sa volonté de regrouper les hommes et femmes de bonne volonté. Des hommes de gauche comme Jérôme Cahuzac, Michel Rocard sont des politiques reconnus. Des deçus de la présidentielle actuelle ont pu également le rejoindre, Anne-Marie Idrac ou Daniel Garrigue notamment. Néanmoins, comment faire confiance à un ancien ministre dont le bilan à l’Education Nationale est si mince ? Que retenir de son action au début des années 1990 sinon celui du changement des noms des filières d’études au lycée? L’ancien porte drapeau de l’UDF a, par sa posture en 2007, provoqué le départ de la quasi totalité de ses députés à l’exception de Jean Lassalle ; Abdoulatifou Aly et d’une certaine manière Daniel Garrigue.

 

Reconnaissons que son discours de volonté de mettre fin de l’endettement public est séduisant mais son bilan est catastrophique.

 

Depuis plusieurs années, la France est dirigée à droite. Reconnaissons que Jacques Chirac n’a pour le moins pas un bilan reluisant. Exceptées les quatre courageuses réformes sous son mandat. La première a été menée par l’ancien ministre des transports Dominique Bussereau qui par son travail pour le moins efficace a su réduire durablement le nombre des morts sur les routes, la seconde est la réforme des retraites de François Fillon, la troisième est celle de Marie-Anne Montchamp, en 2005, sur le handicap, la dernière, plus symbolique, est le décret de Xavier Bertrand afin de mettre un terme à l’usage du tabac dans les lieux publics. Ces réformes cachent bien mal les erreurs calamiteuses des gouvernements successifs. Le plein emploi économique n’avait pour cause que le bon état de l’économie mondiale, rien n’a été recherché afin de réformer nos institutions vieillissantes.

 

Nicolas Sarkozy a su imposer des modifications nécessaires. La réforme des retraites portée par Eric Woerth qui permet, pour le moment, de sauvegarder les retraites, celle de l’autonomie des universités par Valérie Pécresse qui les ont fait entrer au XXI ème siècle, du service minimum dans les transports mettant un terme aux grèves, injustices subies par les français qui se voyaient privés, jusqu’alors, de leur accès à leur travail. Ajoutons enfin le succès du Grand-Paris dont le travail a été fourni en grande partie par Christian Blanc.

 

Il est vrai qu’à de très nombreuses reprises, j’ai vivement critiqué la politique mise en place. J’ai ainsi pu manifester des réserves sur des mesures personnelles prises par le Président de La République, sur l’EPAD, en particulier. Le projet Hadopi comme le discours de Grenoble ont pu me sembler inefficaces. Sur ces premiers points, le président s’en est expliqué, clairement, je n’ai pas à y revenir, estimant la page tournée. Sur Hadopi et le discours de Grenoble, des évolutions notables ont été présentées. A titre personnel, cette loi sur le piratage des œuvres protégé me semblait terriblement mal préparée. Le téléchargement illégal est un vol, pourtant, ce choix exercé par une partie des internautes n’est pas fait avec entrain D’une part, les titres proposés illégalement sont bien plus fournis que sur les plateformes recommandées. Comment trouver un film étranger de série z du début des années 1990 ou un film français de l’entre deux guerres uniquement qu’à travers l’utilisation des moyens illégaux.

 

Aujourd’hui, des améliorations substantielles ont vu le jour. La Carte musique, hélas, n’y est pas pour grand chose contrairement aux accords passés entre Orange et Deezer qui permettent l’accès au plus grand nombre à des titres toujours plus étoffés.

 

Quant aux films, c’est dans ce domaine que les nouveautés sont les moins flagrantes même si on peut noter que de plus en plus d’opérateurs (comme Canal Plus ou des chaines de télévision proposent la vidéo à la demande)

 

De plus, la loi Hadopi semblait être une usine à gaz. Il fallait justifier de la sécurisation de sa connexion internet afin d’échapper à toute poursuite. Cette erreur de taille, quand on sait que des personnes dénouées de facilité dans ce domaine ont pu être poursuivies, tend à s’amenuiser au regard des décisions portées récemment par l’institution de contrôle

 

Quant au discours de Grenoble et la volonté de déchoir de la nationalité française ceux à l’origine d’exaction, son application risquait de rendre apatride des français, projet pour le moins étonnant mais qui ne semble plus d’actualité.

 

Tout n’est pas parfait. Tout n’a pas été fait. Je pense ainsi à la Commission Attali dont les propositions n’ont pas été toutes appliquées. Un cinquième de notre population active est fonctionnaire. Cela est-il vraiment efficace ? La crise mérite, de mettre un terme à nos critiques légitimes, et de nous unir. C’est donc naturellement que je porterai mon suffrage à Nicolas Sarkozy.

 

Kephas

 


Quelques pistes pour l’éducation

L’éducation est, pour moi, un sujet passionnant. Non seulement, je suis étudiant, mais surtout j’ai une vision globale du système éducatif français. En effet, avec ma famille, nous avons déménagé à neuf reprises en France comme à l’étranger, j’ai connu des établissements publics, privés, sous contrat et hors contrat. Aussi bien des professeurs réputés dans des lieux prestigieux que d’enseignants peu motivés, dans des villes peu attrayantes.

Ces changements m’ont appris à m’adapter, m’ouvrir aux autres et à me remettre constamment en question. En revanche, j’ai connu de nombreuses difficultés au cours de ma scolarité. Aujourd’hui, j’ai la chance de suivre des études qui, sont celles, que j’ai pu choisir. En revanche, je suis loin d’être un étudiant idéal. Peu à peu, je fais en sorte de résorber mes lacunes qui sont immenses. Ne pas savoir si j’allais ou non déménager l’année suivante n’a pas été pour moi une chose facile. Je le sais, j’ai reçu une instruction différente de celles des autres. Je remarque bien aujourd’hui que certaines de mes activités ne sont pas celles des personnes de mon âge. Par le passé, j’ai pu aussi connaître des moments de doute cherchant alors la compagnie des personnes avec plus de recul. Il a été frustrant en rentrant en France de ne pas pouvoir partager mes impressions car ces voyages n’intéressaient pas grand monde si ce n’est personne. 

Néanmoins, je ne regrette pas d’avoir vécu cette expérience et j’en tire plusieurs conséquences quant à ce que devrait être l’enseignement idéal.

Il me semble très important de dissocier instruction et enseignement, il n’est pas possible d’avoir en classe des élèves sans aucune règle de politesse. L’enseignant et le professeur ne sont pas là pour apprendre les règles minimales de société mais pour enseigner. Je sais pertinemment que tout le monde n’a pas la chance, hélas, d’avoir une famille unie, qui puisse soutenir leurs enfants. C’est pourquoi, certaines règles doivent être instituées, le port de l’uniforme, le vouvoiement obligatoire des élèves face au professeur (l’inverse est vrai) doivent se mettre en place.

Trop souvent, au cours de ma scolarité, j’ai vu des élèves trébuchant sur les mots, en lisant ils avaient une véritable souffrance, une vraie nausée. La proposition faite par Luc Ferry de dédoubler les classes de CP me semble une idée efficace.

Je n’ai été qu’un très mauvais élève en mathématiques mais j’ai pu développer certains mécanismes par la récitation obligatoire de calculs mentaux au début de chaque cours. La dictée et la récitations de fables doivent aussi être revalorisées.

A ce stade, on pourrait me considérer comme un étudiant d’un autre temps. Ces mesures, strictes, doivent être accompagnées par un vrai accompagnement de la part des professeurs. Certains réclament une augmentation massive des enseignants, je ne crois pas cette mesure efficace. La France dépense en moyenne six pour cent de son PIB en matière d’éducation, et ce ne sont pas les 859 294 enseignants qui permettent d’enrayer la crise de notre système éducatif.

On a coutume de dire que les Français sont pessimistes, c’est vrai. Face aux annotations acerbes portées par les enseignants à leurs élèves, il semble plus adéquat de souligner aussi l’apport de l’élève et non faire part âprement de ses échecs. 

La question de la confiance de l’élève me semble ainsi essentielle. La motivation l’est tout autant.

Nous avons l’habitude de croire que tout est figé, un élève, habitant en province ne pourra réussir, un mauvais élément devra faire un métier technique. 

Comment peut-on progresser en croyant que tout est déjà écrit ?

Je le reconnais également aisément, j’étais un mauvais étudiant en langue étrangère. J’ai toujours réussi à comprendre, à me débrouiller mais jamais à écrire correctement. La faute en est à notre système. Rendez-vous compte. En Espagne, nous n’avions pas de professeurs de castillan espagnol mais français. Par souci de corporatisme, nous préférons embaucher un enseignant dûment diplômé avec un accent déplorable qu’un étudiant étranger qui pourra par là même se faire un peu d’argent de poche. 

J’ai pu compenser mon retard flagrant à travers l’apprentissage de l’anglais en lisant des journaux et en faisant la méthode Assimil (ou plutôt l’Anglais sans maître). Mon espagnol n’est pas trop mauvais, la vie à Madrid m’a aidée, c’est vrai, c’est un privilège certain que j’ai reçu.

Il ne s’agit pas de critiquer les enseignants, mais face à l’égalitarisme forcené prôné par certains, ils se sont découragés. Cela explique le fait que L’Education Nationale a dû mal à recruter,

Les élèves aussi mauvais que brillants ne peuvent suivre les cours enseignés. Les deux s’ennuient, le premier car il ne comprend pas, le second car il trouve que le cours proposé est inintéressant. Peu à peu, se développent des offres alternatives, l’apprentissage mais également des enseignements comme les Cours Hattemer, ou le système Montessori. Cela a bien entendu un coût que beaucoup de français ne peuvent pas s’offrir, certains franchissent le pas car ils savent que notre système est archaïque, dépassé. 

Ouvrons enfin un manuel d’économie, de première ou de terminale. Une place importante est portée au chômage, aux inégalités, à la grève. Il s’agit d’une réalité qu’il ne faut pas nier mais on ne peut pas donner de l’espérance à des jeunes qui croient que leur porte est fermée, que tout est impossible.

 

Kephas

Sommes-nous tous des enfants gâtés ?

Il y a quelques mois, la France était classée par les pays les plus pessimistes au monde. La campagne est le reflet de cette situation. Les extrêmes atteignent près d’un quart des votes pour les prochaines élections présidentielles, les libéraux, à l’instar du talentueux Gaspard Koenig, accusent la France d’être attachés à la dépense publique tandis que les syndicats des fonctionnaires parlent du démantèlement du service public. Loin d’éluder les nombreuses difficultés que nous affrontons, comme les questions au combien essentielles de la dette, du chômage, du pouvoir d’achat mais aussi de la sécurité, il faut néanmoins souligner les qualités qu’offre notre pays.

Ayant eu la chance d’avoir vécu à l’étranger, je n’ai pas vu de système de santé aussi protecteur permettant à tous d’être soigné décemment, de réseaux de transport de qualité couvrant l’ensemble de notre territoire , de pouvoir compter sur ces associations qui permettent à tous, à travers le bénévolat et le don, de trouver un sens à sa vie. Il faut ainsi voir cette troupe de théâtre qui, depuis dix ans maintenant, offre la totalité de ses recettes afin de financer des études de jeunes du Haut-Karabagh, ces médecins, ces avocats qui soignent, consultent, conseillent gratuitement ou en échange de si peu.

Le prochain quinquennat imposera des choix rigoureux permettant de conserver ce système en le rendant plus efficace. Tout n’est pas gratuit, la vie a un coût que l’on ne doit certainement pas nier mais cessons de nous plaindre et ouvrons les yeux.

Ainsi, cette France, silencieuse, mérite notre plus grande considération.

Kephas